L’autoroute A86 bouchonne cette veille de vacances, Yvette est venue nous chercher tôt mais nous avons rendez-vous à 14h avec une hôtesse d’Air Sénégal, comptoir voisin de celui de la RAM, qui va nous pistonner pour avoir de bonnes places. Pendant ce temps j’enregistre les bagages. Contrairement à ce qui est écrit sur le ticket électronique, nous pouvons emporter 40 kg chacun. Si nous avions su, nous aurions pu charger tous les livres qui sont restés au collège !
17H20, l’avion décolle avec une demi heure de retard – qu’il ne rattrapera pas contrairement à l’habitude. Je suis assise près du hublot, mais sur l’aile. La nébulosité rend incertain le paysage. Je crois reconnaître la Loire et la Centrale de Saint Laurent des Eaux. Ensuite, le Massif Central, lacs et bocage…L’Espagne est cachée par un épais tapis blanc. Les caprices de la météo me privent du spectacle de Gibraltar que j’attends avec impatience. Il reste de la neige sur le Rif. Nous avons quitté le Maroc il y a seulement 5 semaines et c’est une impression bizarre de le survoler à nouveau.
Transit à Casablanca. Changement radical dans la physionomie des voyageurs qui attendent avec nous. Les passagers du Paris/Casablanca étaient en majorité Marocains, surtout des hommes d’affaires, des étudiants fortunés, quelques familles rentrant au pays pour les congés de Pâques, un groupe de randonneurs…peu de touristes qui préfèrent Marrakech ou Agadir. Dans la salle de transit attendent des Africains, Béninois ou Togolais peu nombreux. Seulement 63 passagers dans l’avion qui vient de Paris. Chacun de nous 5 prend une rangée de trois sièges pour s’allonger. Bouchons d’oreille, masque bleu, chaussette légère polaire, tout l’équipement pour dormir confortablement.
« Escale technique » à Lomé, autrement dit, ménage aspirateur compris alors que les voyageurs ne quittent pas leur siège. Je me réveille à Cotonou quand le train d’atterrissage touche la piste. Une grosse bouffée de chaleur humide nous enveloppe à la sortie de l’avion. Les formalités et la livraison des bagages se déroulent très rapidement.
Arrivée : CEG1 Pobé! Dans le hall des arrivées un petit groupe nous attend sous une pancarte CEG1 POBE. Je ne m’y attendais pas ! Ils sont venus exprès de Pobé pour nous accueillit. Je répète « C’est trop gentil ! » un peu niaisement. Marcelle, Thimoléon et un troisième homme sont là. Jusqu’à présent notre projet était resté virtuel, mails et textos, deux conversations téléphoniques. Je ne les avais jamais imaginés. N i leur apparence physique, ni leur âge. Marcelle est une belle femme « de constitution traditionnelle » comme la décrirait l’auteur de nos romans policiers Botswanais. Laure ou Stéphanie la complimente sur sa robe. Elle est contente. Je suis vraiment très touchée et répète encore « c’est trop gentil » sans savoir ajouter une phrase plus intelligente. Il est vrai qu’il est passé trois heures du matin.
le taxi de ThierryThierry n’est pas là. Je ne m’inquiète nullement « Il va venir » - refrain béninois connu ! Juste le temps de sortir mon téléphone mobile, un taxi passe. Dominique reconnaît Thierry. Il dormait au bout de la piste dans sa voiture et n’a pas entendu l’avion se poser. Moronikê a envoyé un deuxième taxi. Nous embarquons dans la Toyota Corolla qui a toujours son pare-brise étoilé, les trois jeunes dans l’autre taxi. Thierry donne des nouvelles. Il a toujours son petit rire à moitié étouffé. Les résultats des élections législatives ont été validés hier soir. C’est le Parti présidentiel de Yayi Boni qui l’emporte. Le slogan de l’an passé « Tout Va Changer » a-t-il été suivi d’effet ? Thierry est un peu désabusé « pour la corruption, oui…Mais pour le reste… ». Je lui demande de raconter l’attentat qui a failli coûter la vie au Président. Il minimise : « ce n’est pas un attentat, seulement des coupeurs de route. Ils étaient déjà à cet endroit la veille ! ».
L’an dernier nous étions arrivées tôt dans la soirée et la route de l’aéroport puis la piste étaient éclairées avec les lampes tempêtes et les bougies. Ce matin, le taxi roule dans le noir complet et évite comme par miracle de gros trous.
Moronikê nous a préparé « notre bungalow ». Elle s’est levée pour nous recevoir, toujours aussi rayonnante et chaleureuse. Une nouvelle vague de sympathie me submerge. Ce deuxième séjour démarre dans la chaleur humaine. Le séjour qui perd son attrait « découverte » commence bien.