Je suis toujours surpris de retrouver avec autant de plaisir les hauteurs montagnardes. Joie de sentir à nouveau l'engourdissement subtil des sens provoqués par le manque d'air, la rareté en toute chose que seule l'altitude sait provoquer : économie de mots, économie de gestes, économie de pensée. Revenir aux chose simples et prioritaires, fuir les pensées moribondes, les relations trop complexes. Penser au froid, à la fatigue, au bivouac, au corps qui vous lâchera peut-être au pire moment, puisque c'est ainsi que cela arrivera !
La marche est un acte profondément solitaire. C'est un sport d'équipe qui s'apprécie seul, sans excès de paroles, dans ses pensées. Ou bien parfois à haute voix, comme un neurasthénique n'ayant personne à qui parler, sauf à lui-même. A Quito, un mime a fait rire toute la foule en me parodiant, à mon insu. Il a su capter ce mouvement de ma mâchoire qui agite souvent mon visage lorsque je marche. J'ai trouvé étrange de parodier ce trait de caractère que j'ai moi-même observé si souvent chez mon père. Il m'est soudainement apparu si naturel, filial. Le plaisir de la marche est le plus important, à mes yeux aujourd'hui, des legs de mon paternel...
Sébastien