Le voyage 3 – Relation aux lieux
L'obsession du chemin. Telle pourrait être parfois le sens de notre voyage ! Sur le papier, la mariée (Inca) est belle. Une civilisation mythique, une voie royale et historique. La rencontre entre l'Histoire et la géographie.
Pourtant, la grande route Inca nous encombre bien souvent. Combien de fois avons-nous voulu prendre d'autre voies et nous égarer vers d'autres chemins ? Envie de tordre le cou au Qhapac ñan. Tracer une route par avance, quelle qu'elle soit, est un joli trompe l'oeil. Les cartes sont dangereuses. Elles ne devraient servir qu'à fixer un point sur un horizon, pas à tracer des itinéraires. Elles pèsent parfois sur l'esprit du voyage comme autant de remords d'actes manqués, de destinations non “couvertes”. Elles finissent souvent par transformer en contrainte des lieux rêvés, en mauvaise conscience des étapes négligées.
Nous avons bien tenté de nous rassurer en imaginant la route Inca comme le moyen d'un autre cheminement : saisir la dimension poétique d'un pays, la force des rencontres... Faire de la géographie un élément négligeable.
Cela a marché parfois..... Souvent..... Pas tant que ça finalement...
Un voyage sans dessein géographique est un leurre. A quelques très rares exceptions, nos rencontres et nos expériences, aussi belles et fascinantes fussent-elles, ont toujours été “intéressées”, voire parfois inintéressantes du point de vue humain. Autant donc l'accepter. Le voyage est avant tout un acte égoïste, pour soi. Le reste est une construction.
Alors, faut-il réhabiliter la géographie ? Certes, elle introduit souvent un défi personnel à relever : un col à passer, une route mythique à suivre, un pays à traverser. Elle définit aussi des choix au niveau des moyens : en paquebot, à pied, en chameau, voiture ou à cloche pied... Quelque soit la nature de ce défi, le voyage en est le verdict. Mais la géographie nous fait chaque jour traverser des frontières nouvelles, culturelles, sociales, économiques, intellectuelles. Fascinant, mais aussi usant. De quoi rêver d'être un marin, loin de ces Andes morcelées...
Sébastien