Téléphone mobile La sonnerie du portable de Willy nous a réveillées. Un message ? Non c’est seulement le réveil. Jusqu’à présent tout se déroule à merveille, sauf les SMS. Dominique peste contre le modernisme qu’elle rejette en bloc. Heiner, au contraire s’amuse avec son mobile comme un enfant avec un jouet. Il change les cartes SIM, enregistre en mémoire, modifie, jongle avec la technique en allemand ce qui ne facilite pas la transmission des connaissances.
Willy, très noir de peau aux traits très fins, vient aux nouvelles avec le chargeur du téléphone. Tous les deux cliquent, naviguent… Le portable a une fonction de prestige et de statut social pour Willy plutôt que de nécessité. Il nous le loue volontiers. Il me faut apprivoiser l’appareil, défi qui ne me déplait pas.
l'école primaire de la fille de Thierry Thierry nous attend déjà lorsque nous arrivons sous la grande paillote pour le petit déjeuner. Nous retrouvons avec plaisir la Route des Pêches. Dominique lui demande de nous montrer sa maison : c’est une cahute en bord de mer – bien située sur la plage – mais très petite. Il a deux enfants. Sa fille fréquente l’école primaire. Dominique demande à voir l’école. Elle préfèrerait acheter les fournitures scolaires aux enfants de notre village plutôt que d’aller à Lokossa où nous sommes si peu attendues. N Kodjoh a appelé, peu aimablement sans aucune intention de nous véhiculer. Il n’était pas loin de nous engueuler de ne pas avoir pris contact nous même avec le collège.
Carburant Arrêt carburant devant un étal où sont posées 4 dames-jeannes. Le soleil du petit matin éclaire l’essence couleur caramel qu’on verse par un entonnoir en zinc.
Cotonou, le dimanche
Cotonou est moins animée qu’hier, nombreuses boutiques sont fermées le dimanche. Sur la plage, on joue au foot avec des mini-cages mais avec de vrais maillots de vraies chaussettes. La rue est barrée par des plots qui servent de but. Des théories de femmes et enfants portent des palmes : ce sont les Rameaux, les palmes sont pour l’église.
la radio : le nouveau Président L’embarcadère pour Ganvié se trouve à Abomey-Calavi. Après les informations sur RFI (nouvelles de France, de Palestine, mais aussi nombreux conflits en Afrique, Casamance, Tchad, un séisme à Kivu…). Thierry écoute un débat sur la formation du nouveau gouvernement. Le Président Boni Yayi a été élu avec le mot d’ordre «
Tout va changer ! ». Il mécontente la classe politique s’il ne choisit pas les ministres parmi la classe politique (anciens ministres ou candidats malheureux). En revanche, il est plus populaire.
Ganvié : notre équipage Un fonctionnaire assis à une table enregistre les touristes et leur attribue un guide. Ce dernier fait les présentations dans la pirogue :
- « Je suis Grégoire, votre guide, et voici Bienvenu, votre capitaine ».
Grégoire est habillé à l’africaine en satin rose broché de fils d’or. Il s’exprime très bien.
- « Le voyage durera 35 minutes à voile et le retour 45 minutes à la rame. ».
Puis il installe une perche et la voile rectangulaire, une sorte de drap imprimé avec Snoopy, qui nous fait de l’ombre ce qui est très agréable. Craignant la réflexion du soleil sur l’eau, j’ai pris mes précautions : écran total, chapeau, et je me voile à la turque avec le voile blanc acheté aux femmes devant la mosquée de Besehir. La Biafine a fait des miracles après les coups de soleil d’hier mais il ne faut pas recommencer.
La légende de Ganvié : épervier et crocodile La pirogue glisse sur l’eau en silence. Grégoire nous raconte l’histoire de Ganvié et de ses habitants, les Hommes de l’Eau ou Toffinous originaires du Togo (les Adjakedos). Par suite de guerres tribales, ils sont arrivés avec leur roi Agbogdobé en 1717 . C’était alors la brousse. Ce roi, puissant en Vaudoun, se métamorphosa en épervier, survola la lagune et découvrit l’île de Ganvié. Ses gens restés sur la rive ne pouvaient pas passer. Il fit alors une autre magie qui le transforma en crocodile, transportant ainsi ses collaborateurs sur son dos. Depuis, le crocodile est sacré à Ganvié. Le nom Ganvié vient de Gan=sauvé et de vié=collectivité. Toutes les activités des habitants de Ganvié sont liées à l’eau : principalement la pêche, accessoirement la contrebande d’essence avec le Nigeria.
Pêche à l’épervier et pêche à l’akadja Deux techniques de pêche sont pratiquées ici : la pêche à l’épervier, de la pirogue, seul ou à deux. Le pêcheur lance un filet circulaire d’un beau mouvement tournant. Il remonte ensuite sa nasse en essorant les bords et en les repliant. Le poisson se concentre au fond comme dans un sac. Un jeune garçon nous en fait une belle démonstration, pour la photo et 100CFA.L’autre pêche est plus élaborée : les pêcheurs piquent des branchages portant encore leurs feuilles, des bambous ou des palmes et les attachent. Dans ces rideaux, sur de grandes étendues la vie se développe : microorganismes, plancton, crevettes ou mollusques. Les poissons attirés par toute cette nourriture prospèrent. Les pêcheurs entourent cette « pisciculture » de filets et piègent ainsi daurades et tilapias. Le problème est qu’ils coupent parfis les chenaux de navigation et qu’il s’en suit des bagarres. Un autre problème moins immédiat est que la lagune se comble ainsi.
Les RameauxNous croisons de nombreuses embarcations chargées de Béninois en route pour l’église, en habits de fête, portant des palmes. A Ganvié, on ne se déplace qu’en pirogue, dès 6 ou 7 ans. Certains pêchent, d’autres plantent les branchages. Une femme allaite son bébé, des petites filles traversent le chenal.
Des sternes se posent sur les piquets des filets. Elles ressemblent à des hirondelles.
le village sur pilotis Le village est construit sur pilotis. Certaines maisons sont couvertes de chaume, d’autres plus modernes sont peintes en couleur et couvertes de tôle ondulée. Quelques unes partent complètement de guingois, les poteaux de travers. Des enfants nagent dans les canaux. Peu de terre ferme : un arbre donne de l’ombre à une place. Plus loin, une statue énorme : le monument du roi légendaire peint en blanc et en doré ressemble à un bouddha Thaïlandais. D’ailleurs, tout ce village et son marché flottant, évoquent le Siam : les chapeaux pointus et évases, les marchandes…
Cité lacustre Premier arrêt : la
Maison de la Francophonie qui a accueilli Chirac au sommet de la Francophonie en 1995. Maintenant bien délabrée, elle abrite un peintre d’acryliques naïfs et stéréotypés, un vendeur de batiks (grossiers).
Deuxième arrêt : terrasse d’un hôtel-restaurant-souvenirs où nous invitons Grégoire et Bienvenu à boire un coca. Au dessus du marché flottant, nous avons une très bonne place pour prendre des photos. En face, dans une église évangélique, les fidèles habillés de blanc répondent bruyamment au prêtre. Il est passé midi, l’heure de rentrer. Nous quittons le village sur la vision de cochons aquatiques qui nagent. L’épervier (l’oiseau, celui du roi de la légende) nous survole. Le téléphone portable sonne, je suis ravie c’est le premier appel sur notre numéro béninois : Sébastien, le guide que nous a recommandé Danielle.
Thierry nous attend, il nous donne la clé d’une énigme : des barques étaient remplies d’une vingtaine d’hommes et de femmes habillés tous du même tissu imprimé vert à grands ramages. Il s’agissait sûrement, d’après lui, d’une cérémonie mortuaire. Les proches du défunt choisissent un tissu et manifestent ainsi leur deuil.