Dankopa, poissons, légumes et gris-gris. Tout va changer ! Le marché Dantokpa est célèbre. C’est un des plus gros de l’Afrique de l’Ouest. Un homme nous prend en charge :
- « Voulez vous voir les animaux pour les fétiches ?
- Bien sûr ! »
Le Vaudoun et la sorcellerie excitent ma curiosité. Il sera un guide précieux qui nous pilotera dans les ruelles encombrées, nous montrant les passages à l’ombre où il fait plus frais.
pagnes Nous traversons d’abord le quartier des tissus africains en étoffes colorées roulées et empilées tandis que des vêtements pendent à des cintres. Il y a même des vendeurs qui portent un plateau avec des cintres, suspendus autour de leur tête. Chaussures à talon entassées, nous retrouvons l’atmosphère des souks marocains ou égyptiens.
limaçons Plus loin, dans des bassines, des plateaux de vannerie, des paniers ronds, d’étranges escargots à la coquille pointue évoquent plus la limnée que le petit-gris. Dans des écuelles : des escargots sans coquille ou des cadavres de limaces ?
légumesDe toutes petites tomates ; des piments très rouges, des bassines remplies de toutes sortes de haricots, de la farine ou du sucre dans des cylindres en sachets de plastique transparent artistiquement disposés.
Sous un toit de tôle ondulée, une sorte d’atelier : des moteurs bruyants actionnent des moulins. Ce n’est pas le café qui est moulu, mais les haricots et le maïs « pour faire la pâte ». Des dizaines de personnes sont occupées dans le vrombissement infernal.
Faire des photos? J’essaie de faire une photo – refus systématique de l’homme servant la machine.
Pourquoi ? Est-ce par peur qu’on utilise son image dans quelque sorcellerie ? On m’assure énergiquement que non. Charles, le guide, Thierry, le chauffeur Heiner, ont une autre théorie : ils veulent seulement faire monter les enchères pour le « cadeau » qu’on leur fera en l’échange de la photo. D’ailleurs nombreux sont ceux qui veulent qu’on « paye d’abord ». Il me vient une autre idée, si c’était une réaction de dignité ? Refus qu’on considère leur misère comme du folklore, refus d’être perçus comme des curiosités.
la lagune Charles nous emmène sur le bord de la lagune, là où les femmes vendent des petits poissons argentés dans des paniers ronds. Là où débarquent les pirogues qui transbordent les piétons d’une rive à l’autre. Dans la cohue, on peut faire une photo d’ensemble. Certaines femmes sont abritées sous d’énormes chapeaux, certains sont aussi grands que des bassines renversées, d’autres pointus à la manière asiatique. Elles ne refusent pas la photo, se rendant invisibles sous le fameux couvre-chef.
fétichesLes animaux morts utilisés pour les fétiches forment un alignement de crânes dénudés, des têtes portant encore la fourrure. On identifie même une petite panthère, des moitiés de crocodile, peaux étalées par terre, fourrures poussiéreuses, serpents séchés, grenouilles aplaties. Tout un assortiment macabre dont je renonce à faire l’inventaire exhaustif. Nous avons plutôt envie de fuir.
Une femme tient une herboristerie : elle nous montre l’écorce qui guérit la malaria, les bottes d’herbes médicinales destinées à d’autres affections. Encore une fois, impossible de faire des photos. Dominique n’en peut plus de piétiner ainsi. Nous rentrons par le plus court chemin, évitant de bousculer une petite fille assise au milieu de la rue des tissus.