Sortir des villages ruraux, de ces petits abris reclus, perchés au sommet des montagnes avec un sentiment douloureux, une incapacité à étouffer ce pincement au coeur qui me saisit.
Se poser la question du pourquoi ? Pourquoi ce sentiment d'être éloignée des choses et des gens ?
Un village, une solitude. Maisons enfermées sur elles-mêmes. Enceintes closes au monde extérieur, silencieuses. Des rangées de maisons qui se succèdent dont nous ne pouvons percevoir la vie, ni entendre les respirations. Juste des soupirs sur notre passage. Détresse d'un monde abandonné qui résiste pourtant avec son lot de départ des « forces vives », des jeunes qui , pour trouver du travail, s'en vont, délaissent les maisons familiales. Un cadenas sur la porte. Désertification. Les personnes qui restent, ressemblent à des fantômes, inabordables (surtout pour nous, étrangers), retranchés dans leur mur de souffrance, d'abandon, fiers de ne pas le montrer. La souffrance existe t-elle d'ailleurs à ces sommets ? Et ne serait-ce pas moi qui projette ma propre détresse devant ce monde, ma nostalgie d'un univers paysan que j'ai côtoyé auprès de Louis, mon grand-oncle ? Le désir et la souffrance de ne pas le retrouver. Je me demande...
Louis dans sa maison, dans son silence qui accompagne souvent mes pensées. Louis, seul, fort et fragile.
Et devant nous, un village qui se meurt. Comment ne pas faire le parallèle entre un village des Cévennes au début du XXème siècle et ces villages perdus des Andes du XXIème siècle ?
Un dimanche, dans les chemins escarpés, et poussiéreux sous un soleil d'après-midi, nous croisons des hommes ivres morts titubant qui rentrent chez eux ou plutôt tentent de rentrer chez eux. L'alcool pour noyer quoi au juste ?
Incapables de pousser leur porte, ils jonchent le sol, affalés, mordant la poussière. Leurs enfants passent au-dessus d'eux, constatant simplement. Il n'y a rien à dire.
Malaise intense, des sentiments contradictoires et violents. Misère humaine et incapacité à communiquer.
Nous partons de Tarmatambo et je suis soulagée. Dans la nuit noire, le village disparaît, enveloppé par le manteau nocturne. Une nuit au quart de lune. Je ne regrette rien, ni les gens rencontrés, ni les chemins croisés, ni rien au fond. Je préfère que disparaissent ces sentiments déchirés. Je préfère, ce soir, me souvenir de Louis, assis à sa table, silencieux mais si vrai.
Aurélia