180 Kms de piste en terre, à flanc de montagne, 15 heures de trajet tantôt en minibus tantôt en camion à bestiaux coincés entre les chèvres et les sacs de patates, une chaleur écrasante qui laisse la place à un froid glacial à la tombée du jour, tel a été le prix à payer pour rejoindre le petit village de Sarhua perché à 3800 mètres d'altitude dans les montagnes péruviennes.
Là, au bout du bout du monde, j'espérais « la rencontre ». Vraie, authentique et poétique, les ingrédients autour desquels j'ai décidé de construire le film de cette aventure.
Déception. Nous cherchions de l'authenticité et nous n'avons découvert que pauvreté extrême et inculture. Après avoir été invités dans plusieurs habitations insalubres et avoir fait preuve de beaucoup de courage face au manque total d'hygiène, nous avons rendu les armes.
La question est : comment témoigner de cela ?
Je ne suis certainement pas venu jusqu'ici pour me contenter de faire du misérabilisme avec ma caméra, ce serait trop facile. Les prochaines étapes m'amèneront donc à reconsidérer la problématique de la rencontre, exercice difficile mais excitant. Il fallait tenter l'expérience, ce n'est pas du temps perdu mais simplement une épreuve physique et morale qui nous oblige à nous remettre en question.
Les voyages nous permettent d'englober une humanité dont nous ne sommes qu'une infime partie, et témoigner de cela de manière juste demande beaucoup de réflexion, de patience et d'acceptation de la différence. Le film sera sûrement le reflet de cette réflexion, ce qui est déjà beaucoup...
Stéphane