Sur chaque place de marché, il suffit de baisser le regard pour trouver de petites librairies improvisées, étalages de livres bon marchés destinés à tous les péruviens. Rien de tel pour découvrir les histoires qui font rêver les enfants et pour connaître la littérature qui fédère tout une nation autour de personnages et de contes populaires.
La pièce de théâtre
Ollantay (
édition complète, 3,5 soles, soit 80 centimes d'euros, sur le marché de Sarhua) est sans conteste un des grands vainqueurs de ce petit sondage improvisé. Il s'agit là d'une des pièces majeures du théâtre en langue Quechua, véritable succès populaire au 18ème siècle, à une époque où les élites intellectuelles continuaient à s'exprimer et vivre dans la langue des Incas (ce n'est que plus récemment que la langue espagnole a dévalorisé brutalement le Quechua).
Ollantay raconte l'histoire classique et universelle de l'amour impossible entre un général de l'armée Inca, Ollantay, et la fille de l'empereur Pachacutec, la princesse Cusi Coyllur ("étoile" en quechua). Exils, rebellions, trahisons, réconciliations... Tous les ressorts du théâtre sont exploités dans cette pièce connue de tous les péruviens. Se pose cependant une question : s'agit-il véritablement d'une oeuvre d'origine Inca ? L'écrit n'existant pas à l'époque précolombienne, et l'oeuvre restant anonyme, toutes les supputations sont possibles. Il est probable que l'Histoire a des racines pré-hispaniques, mais pour ma part je trouve que l'organisation de l'intrigue ressemble trop aux canons classiques du théâtre occidental pour être considérée comme une pièce de théâtre purement Inca. Par contre, il s'agit là certainement d'une des plus grandes oeuvres de la culture quechuaophone.
Reste l'amusante imagerie d'Epinal véhiculée par les livres sur cette histoire, où l'on voit généraux et filles d'empereurs incas habillés en costumes « d'époques »...!
Sébastien