Premier matin au village Ciel gris, les ouvriers rénovant la maison d’à côté nous chassent avec le vacarme de leur perceuse. Le supermarché du village vend l’épicerie de base, de la crémerie et du poisson surgelé, pas de légumes ni de viande. La boulangère vient de sortir des miches rondes du four. Elle est curieuse et me demande d’où je viens :
- « de France ! »
Ce n’est pas la réponse qu’elle attend
- « de la Maison Cornaro ! »
La voilà satisfaite.
Les vieux sont assis devant le kafénéio sur des chaises de bois, l’un d’eux porte sur la tête une sorte de résille, un autre, un voile noir drapé à l’arabe. Tous ont des bâtons fourchus et nous dévisagent sans se cacher.
Les villages des environs Les routes secondaires sont bien asphaltées,( les guides parlaient de piste). Tout se complique dans les villages : les ruelles ne permettent pas aux voitures de se croiser . Tout un système de sens interdits, de flèches nous engage dans un labyrinthe compliqué par des travaux. Nous tournons dans
Vasa et suivons les flèches qui nous conduisent à saint Barnabé qui domine le village. Cette église n’a pas l’air d’être ancienne. Sa construction ramassée coiffée de coupoles en tuiles romanes dans le paysage de collines mérite bien la photo.
De
Vasa nous comptons rejoindre
Omodos dont les guides disent le plus grand bien. Le village est tout près, derrière la colline. Nous ne trouvons pas la route directe. La route tortille. Nous revenons en arrière. Un troupeau de chèvres bloque la route. Les bergers, dans un pick- up poussent les chèvres avec la voiture les encourageant en frappant dans les mains.
Omodos Après bien des détours nous trouvons un parking, des WC, la banque, des panneaux explicatifs :
Omodos est organisé pour recevoir des touristes ! Un peu trop : au lieu du kafénéion de village, des snacks. La place est encombré d’étals de marchands de souvenirs : cuirs de mauvaise qualité - on dirait du faux – les nappes et dentelles ne nous tentent pas.
Le monastère est plus calme, l’église assez récente, plantée au beau milieu du cloître, le campanile ouvragé ressemble à celui de Larnaka,. Nous nous asseyons devant l’iconostase pour lire notre documentation. Ce monastère possède des reliques vénérables datant de la visite d’Hélène en 327, reste de la corde qui a servi à attacher Jésus, morceau de la Croix. Ces reliques sont invisibles, le reliquaire contient les restes de 26 saints différents…Le cloître est très charmant avec ses deux niveaux d’arcades: en pierre blanche sobrement travaillée, les balcons de bois rappellent les moucharabieh, les plafonds sont également en bois dans le style musulman en plus fruste, belles portes aussi sculptées.
Dans un coin du cloître, un petit musée de la Résistance: des photos des combattants, quelques effets personnels. Dans cette région de montagnes, les hommes jaloux de leur indépendance ont combattu les Turcs au 19ème siècle, les Anglais de 1930 à 1960. Le drapeau grec flotte sur les cimetières.
Les rues d’
Omodos sont pimpantes, chaulées, décorées de plantes en pots (ou bidons peints) . Les brodeuses insistent pour nous vendre des napperons au crochet (one pound).
Un vieil homme m’invite chez lui, sa maison est un véritable musée familial : il a encadré les photos de mariage, d’école de toutes les générations, les robes de mariées sont présentées dans des vitrines. Socrates m’offre son vin que je refuse. J'achète un pot de miel. Le vieux pressoir restauré occupe tout un bâtiment : une poutre énorme est actionnée par une vis et une grosse masse de pierre. Les raisins étaient étalés sur une terrasse de pierre, le jus se déversait dans un pot de terre énorme rappelant les pithois antiques. Ces jarres géantes se retrouvent un peu partout dans les cours et jardins d’Arsos. Le village est pittoresque mais trop touristique. Nous préférons notre village un peu écroulé.