La route serpente, loin, encore plus loin. Sans jamais voir la fin. Toujours plus haut. Il est une heure, nous entamons la longue procession, le chemin de croix des pélerins de l'Ausangate, venus célébrer le seigneur du Qoyllor rit'i. Nous partons au milieu d'autres, marchant lentement dans le silence des montagnes. Tumulte de poussière sur ces chemins de sable que foulent les pieds de l'homme et des chevaux. Fermer les yeux pour ne pas être aveuglés.
Il est trois heures, la montée se poursuit et le soleil brûlant joue à cache-cache derrière les dunes arides. Il fait froid, il fait chaud. Une femme handicapée en fauteuil roulant est arrêtée en bord de route, accompagnée de sa fille qui ne peut plus la pousser sur les chemins escarpés. Appel à l'aide. Cri du coeur. C'est la deuxième année qu'Alicia fait le pèlerinage et ne compte que sur la générosité des autres pour l'aider à rejoindre la chapelle perchée à 4200 mètres d'altitude. Nous la poussons ainsi sur des kilomètres, exténués. La nuit tombe. Nous arrivons enfin dans un paysage étrange où des milliers de tentes s'étendent à perte de vue. Champs immenses de toiles en plastique bleu, de cabanes rudimentaires. Sur quelle planète et dans quel monde avons-nous atterri ? Camp de réfugiés, camp de pélerins ? Alicia s'arrête avant nous... Un au revoir bref, des remerciements balbutiés. A peine le temps de tourner la tête et Alicia disparaît, engloutie dans cette fourmilière humaine, venue dans la ferveur de la fête rendre un hommage à sa terre et à Dieu.
Aurélia