Jeudi 19 Juillet
Arrosage d'été 6h30, tables et banc sont trempés comme chaque matin. Rosée ou arrosage ? Arrosage d’après les flaques. Chaque matin c’est ainsi. Je pense à nos économies d’eau au kibboutz. Même avec la cha leur d’Israël, on pouvait espacer les arrosages de près de trois semaines sans que la pelouse ne souffre trop. Ici, ils l’arrosent chaque nuit.
Je m’installe donc au soleil. A l’ombre il fait trop frais.
Je n‘ai pas raconté dans ce cahier ces heures du matin au lever du soleil quand je suis seule éveillée. C’est un moment de plaisir intense. Les oiseaux sont actifs. A Certosa un couple d’hirondelles faisait tout un ballet aérien avant de se poser sur la poutre de l’auvent et de s’appeler l’un l’autre. Ici, deux matins de suite, un pic est venu, beige et marron avec ses plumes rayées de blanc, sa huppe et son long bec recourbé. Il fore à coups répétés l’herbe sur le pourtour d’un massif de rosiers et en extrait de gros vers qu’il engloutit avec peine. Ce matin, les pics sont très bruyants. J’ai dessiné à deux reprises la belle maison et une troisième l’ensemble des maisons vus de la piscine.
Tombes étrusques de Cortone Amanda a pris rendez vous par téléphone avec la guide des tombes étrusques. Nous devons nous rencontrer au parcheggio du torrente Loreto ; Nous trouvons le ruisseau (qui peut être une traduction approximative de torrente, il est pratiquement à sec mais pas le parking ! Une dame bien aimable qui arrosait ses fleurs nous renseigne et me fait traverser la grande route très passante (Arezzo-Pérugia) pour me montrer le parking.
Visite privée : nous sommes seules. Notre guide est une archéologue américaine, sur son badge : « dottore ». Visite en anglais donc. Les visites en Italien m’amusent mais je suis incapable de poser des questions précises. Comme la visite est un dialogue (Dominique suit vaguement, je traduis de temps en temps), l’anglais me convient parfaitement.
Le premier tumulus est encore plus imposant que celui de la tombe des chars de Populonia. Des chênes centenaires s’y sont installés et masquent le dôme de terre. On ne voit pas non plus le tambour de pierre. Les archéologues ont dû creuser sous le niveau du sol. Ce tumulus comporte plusieurs chambres. Il a été utilisé pendant longtemps. Ensuite, durant six siècles les habitants de Cortona ont pris l’habitude de se faire enterrer ici qu’ils aient été Etrusques ou Romains ou autres. La structure circulaire a été dégagée pendant les différentes fouilles ainsi, récemment qu’une sorte de plate-forme (un autel ?) précédé d’un escalier monumental. De grosses palmettes sculptées dans le grès servent de rampe. Des sculptures ornent la base de l’escalier : l’une d’entre elles est bien reconnaissable : un guerrier luttant avec un fauve. Cette tombe est contemporaine de celles de Populonia (VI ou VIIème siècle). Ces tumulus étaient construits à proximité d’un grand axe de circulation devenu la Via Cassia. Ils étaient visibles de la route et marquaient ainsi le prestige du dignitaire et de sa famille. Comme à Populonia, inhumation et crémation ont coexisté. Des fouilles récentes ont mis à jour des objets très nombreux sauvés des pilleurs de tombes grâce ou à cause des inondations du petit torrente. Des bijoux en or sont tombés dans la boue et ont été préservés.
La seconde tombe a été reconstituée au cours de fouilles anciennes (1909). On peut pénétrer dans la chambre. Le plus remarquable est le matériau employé : une belle pierre rose (calcarénite) provenant de Pienza et du travertin venant au moins de 35km plus loin L’utilisation d’un matériau de construction importé de loin (même de très loin, compte tenu de la taille imposante des blocs) est aussi un indice de la richesse du propriétaire de la tombe. Autre intérêt : la fausse voûte. A cette époque, les Etrusques ne savaient pas construire de vraies voûtes. Ils empilaient les blocs en gradins, ce qui aurait dû donner un escalier. Pour faire plus joli, on a scié le bloc en diagonale pour donner u n plafond lisse en faisant disparaître les marches. Pas de ciment, les blocs taillés très soigneusement s’emboîtent très proprement les uns dans les autres. Enfin, des inscriptions ont été retrouvées. L’écriture étrusque utilise des caractères grecs et phéniciens écrits de droite à gauche. On connaît ainsi le nom du dignitaire inhumé ici. Il ne s’agit pas d’un Etrusque mais d’un Ombrien, sa femme étrusque était d’une famille bien connue à Cortona .Malgré la précision de la lecture, ces inscriptions funéraires sont de peu d’utilité pour le déchiffrement de la langue étrusque : sur chaque tombe toujours la même chose « ci gît … »
A partir du cinquième siècle la pression des Romains sur les villes étrusque se fait menaçante. Les cités étrusques, au lieu de s’unir contre l’ennemi romain, ont continué à guerroyer entre elles. Elles n’avaient aucune chance contre Rome. Cortona a préféré payer un tribut à Rome. La richesse des dignitaires s’est trouvée amoindrie ; la taille des monuments funéraires a donc diminué. Plus de tumulus imposant, seulement des niches pour des urnes contenant des cendres.
La troisième tombe s’appelle improprement «
tanella de Pitagore » (confusion avec la ville de Crotone où est mort le philosophe). C’est un monument plus récent, un édicule rond fait de blocs énormes soigneusement taillés. Les sédiments ayant dévalé de la colline ont protégé la moitié située vers l’amont. La moitié aval a été utilisée comme carrière pour la construction des maisons de Cortona.