Comment photographier la campagne Siennoise ? Nous avons choisi le but de l’excursion d’après une carte postale. Dominique avait remarqué un paysage magnifique souligné par une allée de cyprès zigzaguant au flanc d’une colline dans les blés. Au dos
Monticchiello- Pienza .Gallimard a recommandé d’un cœur l’itinéraire des Crêtes allant de Sienne à l’Abbazia di Monte Oliveto Maggiore. J’ai donc combiné ces deux destinations.
Colle val d’Elsa-Sienne : voie rapide. Tour de Sienne sur le « périphérique » jusqu’à la dernière sortie. Nous trouvons la S438 en direction d’Asciano qui nous fait découvrir un vaste panorama dans un paysage de champs de blés ondulant, ravinés dans l’argile. La moisson a commencé dessinant de longs rubans de chaumes dans les épis mûrs. Les collines pointues sont coiffées de fermes ? Pas un arbre dans les champs. Seules les belles allées de cyprès conduisent aux grosses fermes. Au loin, la ville de Sienne, et ses tours, domine le paysage. On se dirait dans la fresque des Effets du bon Gouvernement. Le paysage n’a pas changé depuis le XIVème siècle.
Nous guettons les points de vue, impatientes de faire de belles photos comme sur la carte postale. La photo devrait contenir une colline et sa ferme avec son allée de cyprès, si possible avec les découpes de chaume dans les blés et en plus un premier plan.
Vu de voiture, cela paraît faisable. Malheureusement, il faut également un endroit pour garer la voiture. La route tortille. On ne peut pas s’arrêter net au sommet d’une côte ou dans un virage. Encore une fois, je mesure l’écart entre l’image virtuelle construite par notre cerveau et l’image réelle dans le viseur.
Le petit village enchanteur se trouve encombré d’une grue malséante. L’imagination élimine ce genre de parasite, pas l’appareil photo. Le zoom 110 n’est pas assez puissant : le village est minuscule, noyé dans un océan de blé ou de ciel. Le décalage entre le résultat cadré au viseur et l’image rêvée est énorme. Je finis par me décourager. Ce n’est pas que le paysage ne me plaise pas. Au contraire, il est magnifique, pittoresque ! C’est la difficulté de trouver l’endroit idéal synthétisant toutes les impressions. . J’imagine l’auteur de la carte postale sillonnant à vélo ou à pied la campagne. Photographier de la voiture rajoute une difficulté supplémentaire. La vitesse gomme les imperfections du genre poteaux, panneaux routiers… ensuite, je suis assise en hauteur. Parfois, je retourne à pied en arrière à la recherche de l’image fugitive. Mais où était donc l’endroit exact qui m’a fait demander à Dominique de s’arrêter ? Je suis à la recherche d’un souvenir éphémère que j’ai déjà oublié .Si j’avais le temps, je peindrais. J’aurais alors la possibilité de tricher, de superposer à ce ravin des crêtes, un champ doré éclatant, agrandir le groupe de maisons, faire tourner la rangée de cyprès.
Abbazia di Monte Oliveto Maggiore Après Asciano, nous suivons la route de l’Abbazia très bien indiquée. On aboutit sur un parking sans la découvrir ? Une belle allée de cyprès plus que centenaires descend vers les bâtiments cachés dans les bois ? Nous passons devant un très vaste bassin rectangulaire rempli d’eau, des petits édifices à coupoles et à frontons pour arriver à l’abbaye énorme et massive en briques rouges ? C’est un monastère de Bénédictins encore habité. Des panneaux nous incitent au silence et au recueillement. Si les bâtiments sont très simples et sans grâce, l’emplacement est admirable. La vue, très dégagée sur une vallée. Au loin, on devine Sienne. Nous visitons le cloître décoré de fresques de Sodoma et de Signorelli retraçant la vie de San Bernardino, assez peu élégantes et pas très inspirées malgré le renom des peintres. Les Bénédictins ont une boutique très bien achalandée : liqueurs mais aussi tout un choix de fioles et de flacons de phytothérapie. Des gouttes contre le rhume auraient bien été utiles la semaine dernière !
Le trajet de l’Abbazia à Pienza est assez compliqué. Un panneau annonce 33km mais nous nous perdons à chaque croisement. Il faut reculer et revenir en arrière chercher les panneaux quelques fois malencontreusement cachés par les branches d’un tilleul. La verdure fait une apparition dans le paysage. Les montagnes plus hautes sont couvertes de forets ? On retrouve des vignes et des champs de tournesols.