Sommes nous à la hauteur de ce que les Andes nous ont donné ?
Je me souviens parfois de nos critiques, de nos exaspérations et de nos mots durs pour ces terres difficiles. Dans les Andes, les gens ont souvent l'accueil taciturne et ,- il faut bien l'avouer-, le visage fermé de montagnards peux habitués aux relations sociales avec les étrangers.
Les Andes n'offrent pas aux voyageurs l'exotisme facile et attirant des parfums d'Asie ou des spiritualités de l'Orient. Le manque d'éducation, la pauvreté, le décalage culturel et le complexe colonial donnent parfois à ces campagnes montagneuses isolées l'image de rivages stériles à la vie. Aucun de nous n'est pour ainsi dire tombé amoureux de l'Amérique andine.
Parfois donc, l'accumulation de sensations négatives a pu nous conduire à des opinions hâtives et des rejets instinctifs. Jugements de valeurs nés de nos difficultés à trouver ce que nous étions venus chercher et dilemne classique : sont-ils trop fermés ou ne sommes-nous pas assez ouverts ? Des pièges de l'ethocentrisme...
Aujourd'hui, je prends plaisir à penser à certaines de nos difficultés. J'y vois même un point positif. Ne pas rencontrer ce qu'on attend est un gage de remise en cause permanente. Tomber en extase devant un pays, quel qu'il soit, me semble d'ailleurs une erreur : idéalisation facile, tropisme exotique et fascination béate sont les principaux risques des voyageurs "convertis". C'est bien connu, en voyage, on aime tout particulièrement ce que l'on cherche en soi. Thérapie du voyageur en mal d'identité ! Pour éviter ce piège, il convient autant que faire ce peut d'éviter l'empathie stérile. En un sens, les Andes et leurs habitants, - par leur esprit farouche et peu enclin à entrer facilement dans notre jeu (journalistique ou poétique) -, nous ont rendu bien des services...
Sébastien