Mercredi après midi. Je visite Hirshhorn Museum. Quand je sors du musée, il est plus de 15 heures, je n'ai rien mangé et je ne peux même pas dire que j'ai vécu d'art et d'eau fraîche car je n'ai rien bu non plus. Je me paie le luxe d'une glace (les américains enfoncent les italiens sur les glaces, c'est pas peu dire). Ensuite visite de la Freer Gallery of Art (art asiatique, et oeuvres de Whisler) dont je parlerai bientôt..
Mercredi 6 juin fin d'après midi : je suis sous le monument de Washington, le grand obélisque entouré d'un cercle de drapeaux qui flottent au vent. Les touristes s'en vont peu à peu. Les gens sortent du travail. Ca et là s'organisent, sur les grands espaces verts un peu râpés à la sortie de l'hiver, des matchs de base ball. Les filles comme les garçons tiennent la batte, lancent la balle et se mettent à courir comme si leur vie en dépendait! je les regarde, amusée. Comme toujours, lorsque l'on ne connaît pas les règles d'un jeu, naît un sentiment de l'absurde, des petites fourmis empressées, s'agitent dans tous les sens, crient, manifestent leur joie ou leur désespoir pour atteindre un but suprême dont l'intérêt m'échappe. Je les observe pendant un moment, assise sur les bancs qui entourent le Washington Memorial. Autour de nous des militaires de différents corps de métiers, armées de Terre, Marines... s'affairent. Ils dressent un canon avec lequel plus tard, je les entendrai tirer une salve. Des soldats portant l'uniforme rouge du XVIII ème siècle traversent la pelouse en rangs ordonnés. On dirait qu'ils partent livrer bataille pour l'Indépendance de leur pays. Dans un coin, une fanfare répète, des chants s'élèvent. Des musiciens accordent leur instrument. Des spectateurs investissent des tribunes dressées sur la pelouse. Un concert va bientôt commencer.
Les Mémorials abondent dans le coin. Mes pas m'amènent vers celui de la deuxième guerre mondiale avec son mur de la Liberté, fond bleu parsemé d'étoiles dorées en hommage aux 400 000 victimes américaines. Une inscription rappelle : "Ici , nous marquons le prix de la Liberté". Le monument est circulaire, orné de piliers de granit couronnés de guirlandes en bronze qui représentent chaque état du pays. Au centre, The Rainbow Pool, le Bassin de l'Arc-en-ciel, aux jets d'eau étincelants sous le soleil couchant, est en alignement avec le Washington Mémorial et le Lincoln Memorial. Fin de cette immense perspective nommée le Mall qui avait commencé d'Est en Ouest par le Capitole.
Bien sûr, je pourrai aller voir le Mémorial des vétérans de Corée ou celui des vétérans du Vietnam, donc je pourrai aller voir...mais, innocemment, je me dirige vers le monument de Jefferson au bord du lac, le Tidal Basin. D'abord il est beau ce monument, encore un temple grec tout blanc et élégant... et puis, il faut bien le dire, le Tidal Basin est entouré de centaines de cerisiers offerts par le gouvernement japonais à l'Amérique en 1912. Le Paradis terrestre autrement dit! Il paraît que pendant la floraison entre la mi-avril et la mi-mai c'est un spectacle éblouissant qui attire une foule enthousiaste et nombreuse. Bon, d'accord, j'ai raté ça. Mais dans ma tête, m'est déjà venue l'idée que là où il n'y a plus de fleurs il y a des fruits!
Donc j'arrive sous les cerisiers et... déception! les cerises sont mûres mais toutes petites, rabougries, étiolées, ratatinées. Elles doivent être gorgées de gaz carbonique!
Oui, mais une cerise, ce fruit créé pour le bonheur de l'Humanité, une cerise même petite, c'est toujours une cerise surtout bien rouge et pleine de jus. Je la porte à la bouche, je ferme les yeux pour savourer le nectar et, là ... c'est horrible, un pur poison, un goût d'une amertume épouvantable, quelque chose qui envahit le palais, bousille les papilles, corrode les muqueuses. je crache, je cherche de l'eau.. Une fontaine! Je me rince trente fois, rien à faire. Je suis imprégnée! Qu'ai-je fait? Ma gourmandise me perdra! Reproches sanglants. Jamais plus je ne toucherai un cerise de ma vie! Serment d'ivrogne. Moi, goumande? Vous avez dit gourmande? vile calomnie.
Un quart d'heure après, je commence à avoir des crampes d'estomac, des brûlures, je m'asseois sur un banc, il faut que je boive.. sinon je vais mourir là, presque devant la Maison Blanche, ce serait trop bête tout de même. Je me traîne, agonisante, vers le litre d'eau minérale que vend un marchand installé non loin. Il faut faire la queue? D'accord mais vite.. Je soupçonne fortement les japonais d'avoir voulu infiltrer les américains par l'intérieur, ils leur ont donné des cerisiers empoisonnés? Seulement, voilà, ils ont raté leur cible. C'est une française qu'ils ont eue! C'est pas juste. J'ai rien fait de mal, moi! je bois, je bois, mes maux cessent au bout d'un moment. Je suis vivante... j'ai survécu! Mais il faudra attendre le crumble aux noix et au miel du dessert du repas du soir dans notre librairie- restaurant du sympathique quartier Dupont Circle pour que l'amertume restée au fond de la gorge disparaisse enfin.
Fin de le journée du mercredi 6 juin 2007