FLORENCE Juillet 1963 Le port de Marseille à Florence 17 ans ! Avec mon amie Josette, curieuses de tout, inlassables, nous arpentons à pieds les rues mais aussi les collines florentines au milieu des cyprès. Nous écumons toutes les petites (et les grandes) églises de la ville. Après avoir traversé le Ponte Vecchio, nous sommes aujourd'hui sur, l'oltr'Arno (rive gauche) de Florence. La visite de Santa Maria del Carmine et de la chapelle Brancacci est un grand moment qu'un amoureux de la peinture ne peut bien sûr manquer. On y admire les magnifiques fresques de Masaccio mais aussi de son maître Masolino et de Filippino Lippi sur le thème de la vie de Saint Pierre contée dans la Légende Dorée... Cette chapelle est un écrin précieux. Quand on y pénétre, on se sent entouré de toutes parts par ces hommes et ces femmes du xv siècle qui se pressent autour de nous affichant, malgré la maladie et la pauvreté, dignité et grandeur. Adam et Eve chassés du Paradis représentent par leur douleur, leur attitude affaissée, le tragique de la condition humaine. Le visage d'Eve surtout, d'un grand réalisme, déformé par la souffrance, devient un masque grotesque, la bouche se pince comme un bec, les yeux étirés vers le bas se dissolvent dans une face torturée.
Le quartier de L'Oltr'Arno autour de la Carmine, est populaire avec ses rues étroites, ses petites échoppes, ses enfants qui jouent sur les places pittoresques où fleurissent des chefs d'oeuvre, vestiges d'anciens palais, blasons sur les portes d'entrée, tours enserrées dans des bâtiments anciens. Au hasard de notre promenade, nous pénétrons ensuite dans une petite église sans bien savoir ce que nous allons y trouver. Le prêtre s'approche de nous et nous demande si nous sommes françaises et de quelle ville. De Marseille? Venez voir ! Et il nous amène dans une chapelle où s'étale une fresque réprésentant un port et un bateau portant une femme aux longs cheveux blonds. Etonnées nous reconnaissons, sans doute possible, notre bon Vieux-Port. Le peintre y montre Sainte Madeleine débarquant dans notre région en Provence... Cette anecdote, je l'ai enfouie dans un coin de ma mémoire où je l'ai oubliée et je n'ai plus jamais pénétré dans cette église depuis. Aussi je ne me souviens pas avec précision de son nom : était-ce San Frediano in Cestello comme je le crois ou bien San Jacopo ? ou ? Il faudra peut-être que je retourne encore une fois à Florence pour élucider ce mystère.
Pendant ce voyage, les italiens étonnés de voir deux petites françaises sans leur famille (des filles voyageant seules, c'était rare à l'époque) nous prennent sous leur aile. Nos logeurs nous appellent les jeunes filles "senza papa i mama". A croire qu'ils nous considèrent réellement comme des orphelines, ils sont au petit soin avec nous ! Le patron de la trattoria où nous allons manger chaque soir nous connaît bien, nous choie, plaisante avec nous. C'est un de mes grands souvenirs de voyage, la gentillesse et la gaieté du peuple italien. Pourtant, à cette époque, la situation économique de l'Italie est bien inférieure à celle de la France. Une ébullition politique règne dans les classes populaires et l'on voit dans chaque quartier flotter le drapeau rouge avec la faucille et le marteau au-dessus de la maison du PCI.
Avec la somme que nous ont allouée nos parents, nous décidons de tenir un mois à Florence et Rome. Les hôtels sans prétention, où nous descendons ne sont pas chers, les repas dans les trattorias populaires non plus. Et puis, bien lestées le matin par un petit déjeuner solide (ah! ce cappucino recouvert d'une crème épaisse et ontueuse, ces gâteaux Buondi Motta, ces croissants fourrés de confiture!!) nous nous passons de manger à midi, achetant aux petits marchands ambulants une tranche de pastèque bien fraîche, ou une glace gourmande. Nous maigrissons, nous devenons éthérées, ivres de soleil (comme il fait chaud à Florence en ce mois de Juillet torride) et de beautés artistiques. Ethérées? J'exagère peut-être un peu car le soir nous nous rattrapons : pizza à la capriccioza, lasagnes al fourno, calamare.. Nous savourons l'art de vivre toscan....