
Revenir à Tikvine. Comme revenir à l’origine de ces voyages. Une petite fièvre y saisit les responsables de la mairie pour cause de recrutement d’un nouveau responsable de l’administration. Ceux et celles que j’ai connus lors des programmes de coopération auxquels j’ai prêté mon concours, et que je croise ici ou là, m’évoquent ce nouveau soubresaut local de ce processus de consolidation des positions de cette couche de bureaucrates-entrepreneurs, qui s’installe avec détermination aux commandes du pays depuis 2003. Ils m’informent (quasiment en temps réel) des épisodes (dont certains auraient pu paraître amusants dans d’autres circonstances) du psychodrame dont ils sont les protagonistes : coup de théâtre du non recrutement (provisoire) par la commission ad-hoc du candidat désigné (pour cause du souhait d’un des membres de procéder à un vote à bulletin secret) ; démissions (sollicitées) du responsable de l’administration régionale chargé de « préparer » ce recrutement, puis du Président du Conseil des élus (qui avait lui-même « démissionné » le précédent responsable de l’administration)… Récit d’une (petite) comédie du pouvoir qui se joue parmi cette (petite) élite politico-économique et provinciale, et dans l’indifférence, la méconnaissance et l’isolement catastrophique du plus grand nombre.
Je marche dans les rues de Tikvine, y croise des habitants. Je voudrais ne pas avoir à écrire que j’ai le sentiment qu’ils demeurent au bord du rivage de leur possible démocratie, là où de petites vagues de passions incessantes et tristes n’arrivent jamais à s’organiser…
Je pense à cette étude (lue peu avant mon départ) que Mikhaïl Sokolov, journaliste à la radio Svoboda à Moscou, a consacré aux élections régionales de 2007 en Russie. A ce qu’il décrit comme la division qui s’installe entre ceux qui prennent réellement les décisions et ceux qui se contentent de les approuver de manière formelle ou, de plus en plus souvent, se détournent des élections.