5H3O, un réveil intempestif d’une autre chambre provient le bruit d’une alarme d’auto. Dominique sort sur la terrasse : il pleut.
7H50 : lever du soleil, somptueux dans les nuages roses orange, jaunes dorés. Le ciel s’éclaire.
9H, nous partons sous un soleil magnifique vers les montagnes en passant par Monte. Un nombre incroyable de petits camions chargés de grosses pierres et de graviers montent des chantiers ou descendant des carrières. Nous en doublons un à grand peine dans les épingles à cheveux et en trouvons trois à nouveau. La forêt de mimosas est gaie sous le soleil. Quand on arrive aux conifères plantés serrés, on ne voit plus le ciel. A 1000m, nous sommes dans le brouillard à nouveau. 4°C, la buée se forme sur les vitres, il faut mettre le chauffage dans la voiture.
Ribeiro Frio est à 950m sur le versant nord, à nouveau du soleil.
Je pars seule coiffée du bonnet de berger, vêtue de la polaire. Je suis tellement préoccupée par le froid que j’en oublie mon pique-nique. Nous avons fixé rendez vous à 14H30 à Portela. Le topoguide annonce 3H25 mais nous savons que les temps ne correspondent pas à notre allure et surtout ne tiennent pas compte des pauses. Le sentier est bien indiqué. Il part d’un petit jardin.
Je pars donc à vive allure. Au bout d’un quart d’heure, cela me revient : « le pique-nique ! ». Demi-tour au pas de course. Juste le temps de voir la Corsa filer sur la route au dessus de moi. J’achète au café deux œufs durs et un morceau de pain d’épice.
Début facile par un grand chemin bien tracé. La levada est petite, environ 50 cm de section. Je peux l’enjamber si nécessaire – et je le ferai souvent. Au bout de 20 minutes, le chemin se rétrécit, tortille dans la montagne. On voit le soleil. La forêt primitive de grands lauriers est très belle.
Les pinsons 11H première étape : je consulte le guide. Je suis dans les temps. Il est question de pinsons. Dès que je m’arrête, j’en aperçois un qui me regarde et semble attendre quelque chose. Je déballe le pain d’épice. Il picore et s’envole plus loin. Ils sont deux sur la branche qui surplombe le sentier à guetter. Je disperse des miettes, il en vient d’autre, je photographie. L’appareil rembobine la pellicule. J’en ai cinq à mes pieds avec cet appareil qui n’en finit pas de rembobiner. Quand j’aurai changé la pellicule, ils auront regagné leurs branches.
Passages délicats ? Le sentier devient très étroit, il me faut grimper sur le rebord. C’est un peu comme marcher sur une poutre, sauf qu’en dessous, il y a le précipice. Enfin, j’exagère, chaque fois que cela se rétrécit, on a installé une main courante. Les « endroits vertigineux » sont bien gardés ! Comme je me fie au livre j’avance avec un pincement du côté de l’estomac. C’est l’aventure J’avance le plus vite que je peux sur le chemin de terre. Quand c’est de la roche il faut faire plus attention. Les « passages délicats » sont tout à fait franchissables. Une seule fois je me mets à califourchon sur le rebord de la levada et avance ainsi sur 50m sur le cul, puis je me relève à quatre pattes. Je savoure le plaisir du silence troublé seulement par le craquement des arbres, les chants des oiseaux. Pas un intrus pendant plus de deux heures. En revanche, assez peu de panorama. J’entrevois de temps en temps le Pico Areiro qui se détache sur le ciel clair.
Tunnels J’attends avec appréhension les tunnels. Le premier est plutôt une faille dans le rocher. Des pierres plates couvrent le canal de façon intermittente. Je saute de l’une à l’autre dans l’étroit passage sombre. Le deuxième est « à fenêtres ». Quant au 3ème, c’est tout juste une arche.
Les tunnels passés, je guette le passage « impressionnant » qui n’arrive toujours pas. Deux Français viennent à ma rencontre. « C’est impressionnant de beauté mais pas dangereux. Vous avez tout le temps une main courante et dans cinq minutes ce sera un boulevard ». Vers 13H je me décide à manger les œufs durs et les olives.
Quelques gouttes pendant la dernière descente. Je pose mon sac pour enfermer la polaire et protéger le livre de D Rétif. Quand je boucle les attaches, j’entends Dominique : « j’ai mangé à 50m de toi ». Cela me fait bien plaisir sauf qu’elle a fait le tronçon le plus pénible de la promenade avec des marches glissantes sans point de vue ni, levada.
Elle n’a pas trouvé la plage ensoleillée où elle devait bronzer et elle a galéré seule sur les petites routes. Je suis bien embêtée ; elle m’avait présenté cette occasion d’aller seule à l’aventure comme une perspective agréable et cela n’a pas été le cas.
La mer à Santa Cruz Nous allons chercher la mer à Santa Cruz près de l’aéroport où nous avons déjà repéré une plage de galets avec des barques colorées recouvertes de bâches, une digue avec des palmiers, un joli café au soleil. Quand nous arrivons, la mer est d’un bleu profond. Le soleil tape. Au loin, les îles Désertas sont très nettes (très mauvais présage en météo d’après le livre de D Rétif) L’une est très plate, une table, les deux autres sont plus déchiquetées et plus pointues. Un joli voilier blanc file.
Les nuages s’accumulent. Ils viennent de deux directions à la fois, semble-t il. Au bout d’un certain temps, nous avons même froid et partons faire un tour sur la digue. C’est vraiment la plage la plus agréable de toute l’île.