Comme hier, de grosses barres nuageuses foncent vers l’ouest. Le vent est fort. Trop optimiste, j’imagine que nous aurons le même temps ensoleillé qu’hier.
Passons par Monte et le Parc Ecologique dans la forêt de mimosas et d’eucalyptus remplacés plus en altitude par la pinède. Vers 1500m, nous sommes au niveau des nuages. Des nappes de brouillard passent et nous enveloppent. La route s’élève en lacets mais nous ne voyons rien. Au sommet (1810m) le thermomètre de la Corsa marque 4.5°C, le ciel est clair. Nous sommes maintenant au dessus des gros nuages (il y a un léger voile en altitude). Le froid pince. Le vent est terrible. Nous nous réfugions dans le magasin de souvenirs pour nous réchauffer un peu. Nous avions prévu deux promenades dont une de 30 minutes. La visibilité est réduite, seuls les sommets apparaissent et disparaissent au gré des nuages. Vers le sud, la vue se dégage : on voit la mer et Funchal. Vers le nord, c’est bouché. A nos pieds, un creux énorme : un gouffre de 1200m de dénivelée, des escaliers formés par l’empilement des coulées. C’est un peu ainsi que j’imagine le cratère d’un volcan. Dominique ne m’accompagne qu’au Miradouro dans la tempête.
Dans le cratère Je m’entête et pars seule sur un chemin bien pavé qui descend vers le gouffre. La sécurité est assurée mais les nuages et le vent m’impressionnent. J’imagine que les nuages sont des fumerolles d’un volcan actif. Les formes tourmentées des laves refroidies, les couleurs variées beige orangé entrelardé de bancs noirâtres et d’épaisses couches violacées, d’autres rouge brique. Tout cela a un aspect grandiose et un peu effrayant. Je descends seule dans la tourmente, mon K Way au dessus de la polaire, la capuche serrée. Je suis bientôt rejointe par une caravane de randonneurs qui feront eux, la descente. Je les envie mais je rentre bien vite avant que Dominique ne se pèle de froid.
Au loin, je ne reconnais pas sa silhouette. Elle a acheté un bonnet à oreilles et à pompon magnifique « en laine de mouton », a précisé le vendeur, tellement naturelle qu’il y a encore les crottes avec. C’est un beau bonnet, très lourd et grattant, mais qui rend bien service en ce moment.
Comme le ciel s’est dégagé, on découvre le
plateau de Paul et le
parc des éoliennes. Je reconnais également notre première randonnée où nous avons été stupéfaites par les pics. Nous rejoignons la côte nord par la route de Portela et Santo da serra, nous réjouissant d’emprunter une nouvelle route. Joie de courte durée, nous rentrons à nouveau dans le brouillard. On devine une forêt de thuyas et des moutons sur la route.
Un sentier en balcon Porto da Cruz est un tout petit bourg avec une église, un groupe scolaire peint en rose et quelques maisons. L’essentiel des habitations est dispersé dans des hameaux. Comme d’habitude, nous perdons une bonne heure sur des chemins impossibles avant de trouver le départ de la promenade. Sous un pâle soleil, entre deux nuages, nous suivons un bon chemin en corniche sur la falaise haute de 350m.sous nos pieds, la mer est agitée de rouleaux qui se brisent en traînées d’écume dans la mer bleu foncé. Sous le chemin, sur des pentes vertigineuses : des champs de choux et de fèves. Alors que je n’oserais pas mettre un pied en dehors du chemin, les gens d’ici retournent la terre, binent, sarclent, sèment et récoltent suspendus au dessus du précipice !
Le chemin devient sentier, étroit balcon taillé dans la pente, recouvert d’aiguilles de pin. Falaises et rochers sont impressionnant. Dominique doit renoncer à cause de certains passages délicats où l’on enjambe des rochers barrant le sentier. Je continue seule. Le chemin de terre est remplacé par la roche taillée (bonnes prises). Un filin métallique permet le passage quand cela devient très étroit. De là on voit la pointe Sao Lourenço.
Retour par
Machico, l’aéroport sur la voie rapide que nous quittons à Caniça pour aller au Belvédère de la
Pointe de Garajau occupé par une sculpture géante moderne du Christ qui domine la mer. Nous pensons attendre là le coucher du soleil.. Funchal et sa baie sont mauves sous le soleil du soir, un beau bateau blanc quitte le port. Nous rentrons.