Hésitations : le ciel est couvert, le plafond bas, nous prenons quand même la direction de Canhas. Notre guide nous recommande de chercher le Christo Rei pour trouver le départ de la randonnée. On demande aux habitants, on galère sur de très petites routes très en pente. C’est fou le nombre de crucifix qu’on peut trouver en pleine campagne ! L’indice du guide ne nous aide pas beaucoup. Enfin, nous trouvons de l’aide auprès d’un taxi et nous trouvons le monument une dizaine de km plus loin dans la montagne : une grande croix, une statue affreuse peinte en blanc et des stèles.
11H30, nous sommes en plein brouillard froid et pénétrant. On persiste.
L’eau qui remonte les pentes ! La levada do Paul est un tout petit canal à la cote 1300m, rempli à ras bord. L’eau est vive, il y a beaucoup de courant, il y en a tant qu’avec le vent l’eau semble remonter la pente. Cela doit être un effet d’optique. Physiquement, c’est impossible. Cette levada est beaucoup plus petite que les précédentes. On peut l’enjamber. Une mousse vert tendre pousse en coussins arrondis et masque le rebord en ciment. Le chemin est très humide, même un peu boueux mais il n’y a pas de précipice. Quand le rebord est trop humide, nous marchons sur l’herbe rase.
Nous sommes au dessus de l’étage des eucalyptus et des mimosas. Ici, comme à Fontes-Trompica (N°6) c’est le domaine des fougères, des genêts à balais et des bruyères. Les fougères sont sèches, les petites crosses neuves commencent à sortir. Des moutons, brebis et agneaux noirs avec de grands yeux clairs broutent l’herbe très verte. Quand le bruit de nos pas ne résonne plus, on entend le chant du ruisseau et les ovins qui broutent. La levada serpente, épousant les courbes de niveau. Dans les creux du V une petite rivière non canalisée saute par-dessus les rochers. Nous marchons au sommet d’une coulée aux roches bulleuses, scoriacées aux formes contournées, bizarres. Les bergers ont creusé ces grottes où poussent toutes sortes de fougères.
Pique nique Nous déjeunons assises sur de grosses pierres, non loin des chèvres et de leurs biquets, face à la mer moirée sous les rayons de soleil qui sortent des déchirures des nuages. L’horizon est invisible. L’eau se confond avec le ciel. On dirait que l’océan a envahi le ciel.
J’ai acheté des croquettes de morue, un bel avocat et du pain d’épice aux amandes. C’est délicieux. Pour couronner le tout, le soleil fait son apparition, les nuages sont remontés et il fait plus chaud.
Dans le brouillard De nombreux cars, taxis et voitures dépassent le Christ Roi en direction de Rabaçal. Nous les imitons. La route quitte assez vite les fougères pour arriver sur un plateau envahi par les nuages et le brouillard. Ce long plateau décrit comme un marais nous semble plutôt un désert de pierres avec très peu de végétation ayant des airs de parenté avec l’Irlande. Mêmes couleurs de camaïeu roux et larges étendues pierreuses, mêmes moutons en liberté. Nous roulons dans des nappes de brouillard, ce qui accentue l’analogie irlandaise.
Au col : le soleil ! A 1500m, près du parc des éoliennes disparues dans le brouillard, nous arrivons à un col. On se croirait en avion, fonçant sur la mer. Les nuages se déchirent. Il fait beau sur la côte Sud !Un virage plus bas, le panorama est extraordinaire. Debout sur un éperon rocheux, nous voyons les deux côtes de l’île. Du côté ouest, une muraille presque verticale où s’empilent les coulées volcaniques formant des marches, à nos pieds le sillon Nord-sud, une longue faille qui découpe l’île en une fente étroite. Plus loin, les pics pointus que nous avions découverts lors de la première promenade. Nous commençons à avoir une meilleure représentation de la géographie de Madère. Nous retrouvons la route forestière parcourue dimanche et reconnaissons les endroits où nous nous sommes arrêtées.
La route bifurque à un autre col à 1000m : Encumada.