L'aéroport Autoroute du côté de l’aéroport jusqu’à Caniçal. La piste repose sur d’énormes piliers. Elle est suspendue au dessus de l’autoroute au ras de la mer. Des collines ont été arasées. Les travaux sont impressionnants, quoiqu’un peu déprimants : pendant des siècles, les habitants de Madère ont façonné les petites terrasses, adossé leurs maisons aux falaises, modelant un paysage original d’une grande beauté. Les travaux publics modernes ont creusé des tunnels impressionnants sans trop massacrer la topographie mais on entrevoit la possibilité de construire n’importe quoi. Nous passons à côte de Machico, bourg important avec industries et immeubles, sans nous arrêter.
Caniçal A Caniçal, nous faisons la tournée de tous les bars pour chercher des beignets de poissons pour le déjeuner. C’est encore trop tôt! Ils n’ont sorti que les gâteaux sucrés du petit déjeuner. Dans le dernier café, j’avise des plats de poulpes cuisinés de différentes façons et du thon en salade. Je rassemble assez de Portugais pour demander du poisson à emporter. La dame sort de son comptoir et me conduit au poissonnier ambulant. J’explique mieux. C’est du poisson déjà cuisiné qu’il nous faut. Elle nous apporte un magnifique Tupperware au couvercle rouge et le remplit de poupes à la sauce rouge aux oignons.
Randonnée N°13 Cette fois-ci nous n’avons aucune difficulté à trouver le départ de la Randonnée N°13 qui part du parking d'après le topoguide. Nous voici rassurées !
Le sentier démarre derrière un « Parc Eolien » et s’engage dans une lande très verte. Ces paysages de pointe ont vraiment un « air de famille » qu’on se trouve sur la Pointe du Raz, à Crozon,à Quiberon, en Irlande ou au Portugal. Sur les falaises, la végétation est très rase, il n’y a pas d’arbres ou d’arbustes, les rochers…
Très rapidement, nous quittons les replats herbeux pour arriver aux rochers. Le sentier s’engage sur une coulée beige. Il faut faire attention à ne pas se perdre. L’itinéraire est balisé par des petits cairns. Ce n’est pas de l’escalade, mais cela y ressemble un peu. Dominique se demande comment elle repassera au retour. Des touffes de giroflées de Madère (
Matthiola maderensis) à teinte mauve poussent directement sur la pierre, leurs fleurs sont plus grosses que celle des giroflées communes, elles ont le même fruit en cosses ou siliques desséchées qui s’ouvrent en deux. Il y a également des sortes de chrysanthèmes avec des fleurs comme des marguerites sauvages ou Marguerites de Madère.
Géologie Nous marchons sur la coulée découpée par des filons colorés, jaunâtres ou verts. Des filons plus durs forment de petits chicots en relief gris foncé, d’autres plus tendres font comme des tranchées nettes évidées. Nous descendons sur une couche de lave oxydée et parvenons à un gouffre : la mer bleu vert cogne la base des rochers. Les falaises sont très pittoresques : l’empilement des coulées foncées alternant avec des niveaux de tephras très colorées, jaune, orange, rouge recoupées par des cheminées verticales où la lave s’est solidifiée en formant des prismes horizontaux, perpendiculaires à l’écoulement.
Dans la baie, de très curieux piliers émergent de la mer. Le sommet d’une énorme cheminée noire est occupé par des goélands. Dominique, qui me précède, m’annonce une surprise. Comme elle s’est immobilisée, je pense à un oiseau et ne découvre qu’ensuite les très curieux « hippocampes » rouges devant la cheminée noire. On dirait des arbres géants écorcés. Nous photographions les parois multicolores se détachant sur la mer, soulignés par l’écume des vagues.
Nous rencontrons d’autres randonneurs, des Anglais et des Hollandais, bien chaussés et discrets. Leur compagnie ne nous gêne pas, elle rassure même.
Nous continuons notre progression sur la lave. Ce n’est plus la Bretagne, c’est l’Etna ! Les couleurs, les formes sont spectaculaires. Certaines roches sont bulleuses, d’autres truffées de pyroxènes. Les coulées sont très différentes, certaines, épaisses sont solidifiées en prismes, d’autres sont creusées de grosses bulles, grottes rougeâtres ou noires.
Le chemin suit une arête décrite par le topoguide comme effrayante. Aucun sentiment de vertige : des filins sécurisent la promenade. Nous retrouvons ensuite la végétation, buissons d’immortelles (
helichrysum oliconicum ou
devium) vipérines de Madère et un tapis de chardons et d’épines. Dominique s’installe en face d’un autre gouffre tandis que je termine la balade par l’ascension d’un petit mont pointu et rougeâtre, bien raide et bien glissant à la descente qui offre un beau panorama sur les îles, le phare. Quand je retrouve Dominique, elle m’annonce qu’elle a dû vider mon sac où la sauce des poulpes s’est répandue. Les animaux ne sont pas farouches. Les oiseaux ont une distance de sécurité de quelques mètres seulement. Pendant le pique-nique, des petits lézards viennent picorer la sauce et les morceaux de poulpe. Ils montent dans le sac et même sur les chaussures.
Le retour que Dominique redoutait se passe facilement, les promeneurs sont nombreux.
Retour à 16H30 au studio. Cela pose un problème de parking : la rue Alegria, notre rue, est gratuite mais occupée. Rue Major Reis Gomes, il y a de la place mais il faut mettre des pièces dans le parcmètre.
Voyage dans le temps Je redescends la Rua de la Carreira pour porter les pellicules chez le photographe. Si la machine Fuji, en rez de chaussée paraît moderne, il en va tout autrement dans le magasin situé à l’étage. Je passe devant une mercerie qui vend des broderies au premier et découvre au second le studio photo, grande pièce vieillotte, photos d’un autre siècle.
Mon voyage dans l’espace temps continue chez le coiffeur. La coiffeuse, à l’étage, officie en tablier avec des machines d’un autre âge, casques suspendus, vieux ventilateurs, vitrines contenant un bric à brac d’épingles à chignon et à cheveux, lotions étiquetées à la main. Es ciseaux semblent sortis d’un écomusée. Je suis un peu inquiète et ravie du dépaysement. Je suis sortie impeccablement coiffée.