9H, nous quittons Funchal en grimpant dans les faubourgs. Les rues sont incroyablement pentues, étroites et encombrées. Nous faisons des demi-tours hasardeux dans des culs de sacs et, comme par miracle, trouvons enfin la route de Monte en direction de la côte Nord.
Le panorama sur Funchal et son port est magnifique. Pas d’arrêt photo, faute de parking, et surtout, nous sommes pressées d’arriver au point de départ de la randonnée : 11km – 400m- de Santana à Sao Jorge, retour en bus au point de départ.
La route s’élève très vite dans la montagne,
Monte est à 600m d’altitude et se trouve en lisière de Funchal. De nombreux camions transportant de la terre, des graviers, ralentissent la circulation. La Corsa se comporte bien et ne chauffe pas. Je n’envie pas Dominique au volant, je serais bien incapable de les doubler. Nous traversons d’abord des bois de mimosa et d’eucalyptus, puis une forêt très sombre de résineux, pins, thuyas, épicéas. Il y a aussi des bruyères en arbres, des camélias géants et d’autres essences inconnues.
Nous traversons le
Parc écologique et arrivons après une bifurcation au commet du
Pico do Areiro (1800m), un des plus hauts de l’île. La route descend ensuite sur Faial après avoir passé un col à 1413 m dans des reliefs escarpés. Nous retrouvons des terrasses, des falaises impressionnantes laissant voir l’empilement des coulées parfois découpées verticalement, avec des cavités formant des grottes. De belles cascades dégringolent.
A l’entrée de
Santana, des maisons en A couvertes de chaume et peintes de couleurs vives entourées de jardins fleuris. Des vignes sont aussi plantées en pente sur de très hauts ceps à la mode portugaise.
Nous cherchons le départ de la rando N°19. Nous demandons aux passants. Personne ne peut nous renseigner. Finalement, nous reprenons la voiture et grimpons dans la montagne. Sur un petit parking, deux itinéraires pédestres sont fléchés. A défaut de la randonnée prévue, nous en choisissons au hasard. Nous partons donc d’un hôtel composé de maisons en A à
Pico da Pedras (très joli) nous suivons une levada dans la forêt d’eucalyptus. Une levada est un canal d’irrigation creusé dans la lave, profond d’une cinquantaine de cm large d’autant où court une eau vive, limpide avec un assez fort courant. Le long de la tranchée, un bon chemin d’argile rouge, élastique sous nos pas. Le mur bordant le cours d’eau, très humide, est colonisé par un épais tapis de mousses, fougères variées qui se reflètent dans l’eau. Sur les bords du chemin on a planté des buissons d’hortensias. Ce n’est pas la saison des hortensias, de nombreuses têtes sont fanées, d’autres arborent des teintes étranges bleuâtres avec de délicates nuances de rose. Il y a aussi des jonquilles. La montagne est entretenue comme un parc qui rappelle un peu Sintra.
La marche est facile. Nous sommes sur une terrasse à 900m dans la fraîcheur, le plus souvent à l’ombre de très grands arbres. Des lichens pendent des branches dénudées et donnent un aspect magique. On se dirait dans une forêt enchantée. Quelques fois, des fleurs de rhododendrons flottent dans le canal. A Queimadas, une ravissante chaumière se cache sous des rhodos en fleurs. Une toute petite chaumière a été aménagée pour les randonneurs (table de pique-nique et cheminée). Une chaumière miniature est destinée aux cygnes et aux canards. Nous poursuivons la promenade le long de la levada. Le sentier se rétrécit. Le topoguide nous inquiète. Il nous fait descendre du bord de l’eau pour éviter une portion délicate. Au retour, après avoir interrogé d’autres promeneurs nous passerons très facilement. Des gouttes d’eau dégoulinent des murs de mousses et de fougères. Elles font des petites cascades qui tombent en pluie sur nous ; C’est rigolo. Nous avons marché 2H30 sans nous en rendre compte.
Le retour sera plus rapide. A 16H nous remontons en voiture pour explorer la côte nord et Sao Jorge. Encore des pentes incroyables. La Corsa fait des merveilles. Nous passons devant des terrasses cultivées de choux, pommes de terre, vignes et arrivons à un petit phare.
Les brumes de chaleur donnent au ciel une couleur grisâtre et noient les sommets. Les pics ne sont plus que des silhouettes irréelles. On se dirait dans une estampe chinoise. Les terrasses font penser aux rizières. Les eucalyptus détachent leurs silhouettes déplumées à contre-jour. Dans la brume, on ne voit plus les couleurs. C’est un spectacle d’ombres chinoises.
Quand nous sommes rentrées, notre ménage a été fait, les torchons et les serviettes renouvelés. On pourrait laisser les lits défaits comme à l’hôtel mais nous n’avons pas l’habitude. On le fait quand même ainsi que la vaisselle. Alors la femme de ménage prend des initiatives : nous avons retrouvé nos culottes et notre linge plié, rangé dans l’armoire alors qu’on les avait mis à sécher dans la douche. Les livres sont rangés sous la télé, même celui que je suis en train de lire ! Ce luxe imprévu nous déroute. Pour 250F, nous jouissons d’un studio avec un balcon et vue sur le port et notre ménage est fait tous les jours !