Arrivée à Rome : nous prenons le bus à la gare de Termini en direction du quartier du Trastevere où nous logeons..
Voilà près de quarante ans que je ne suis pas retournée à Rome. Que reste-t-il des souvenirs que j'ai conservés en mémoire? Pendant tout le séjour je ne cesserai - parfois indépendamment de ma volonté- de faire un aller-retour entre passé et présent, entre la ville de ma jeunesse et celle de l'âge mûr, entre deux sociétés aussi, celle des années soixante, celle du XXIème siècle... Et Dieu sait combien le contraste entre les deux est étourdissant!
L'heure pourrait être à la nostalgie et bien non! Car l'autobus traverse maintenant la Piazza Venezia et voici que le monument de Victor Emmanuel II se dresse devant moi dans toute sa blancheur éblouissante. Elevé à la mémoire du premier roi d'Italie, Victor Emmanuel II, il est le symbole de l'unité italienne.
Souvenirs, souvenirs...Nous avons 18 ans. Place Venise! Nous sommes face au monument. De jeunes romains, attirés par la présence d'étrangères, (A nous, à nous, les petites françaises!) fondent sur notre groupe. Ils nous expliquent avec force gestes et rires que le monument dont le surnom officiel est " l'Autel de la Patrie" est aussi appelé par la population : "la Machine à Ecrire" ou encore, autre disgrâce, "la Pissotière".. Examinons-le, ce monument, avec plus d'attention! Ma foi, ils ne sont pas si fous, ces Romains!
Et je me demande, debout dans l'autobus qui m'emporte vers le Trastevere , si, en ce début du XXIème siècle, les Romains sont toujours aussi iconoclastes et s'ils ont conservé intact ce goût de l'auto-dérision.