Les églises de Rome sont des musées. Toutes, même celles qui vous paraissent les plus modestes vous réservent des surprises : rencontres parfois impromptues avec les chefs d'oeuvre des plus grands maîtres!
L'église renaissance de
Santa Maria dei Popolo, sur la vaste place du même nom, ne déroge pas à la règle et regorge de richesses artistiques. Parmi elles, deux peintures du
Caravage, dans la chapelle Cerasi, sont des oeuvres majeures de l'artiste. Elles témoignent non seulement de la perfection de sa technique, de l'art savant qu'il déploie dans le traitement de la lumière mais aussi de la force et de l'originalité dans le traitement du sujet.
Le premier tableau sur le mur de droite est
La Conversion de Saul qui deviendra l'Apôtre Paul. Le jeune homme vêtu d'une cuirasse romaine est tombé à terre sous les pieds de son cheval, terrassé par la lumière qui semble provenir de plusieurs sources. Il a les deux bras levés dans un geste d'acceptation ou de terreur? Il y a une violence dans la révélation qu'il est en train de vivre qui est bien proche de la mort. Le vieillard, un homme du peuple, qui tient le cheval par la bride semble indifférent. Peut-être ne voit-il rien de cette lumière divine comme semble l'indiquer la demi pénombre qui l'enveloppe?
Le deuxième, sur le mur de gauche représente la
Crucifixion de Saint Pierre. Le Caravage a peint deux des bourreaux de dos, le troisième dont on distingue à peine le visage est de trois quart. Ils sont ainsi rendus anonymes, devenus de simples instruments de la crucifixion, absorbés par leur tâche qui consiste à retourner la croix de Saint Pierre, préoccupés seulement par la difficulté qu'ils rencontrent. Il s'agit pour eux, on le sent, d'un travail purement matériel qui leur demande des efforts considérables. Leur indifférence envers l'acte qu'ils accomplissent, leur absence de haine voire de sentiments, soulignent la violence et l'horreur du martyre. Le saint, un homme âgé mais encore plein de force, cloué sur la croix, relève la tête. Son regard exprime l'horreur et la souffrance. Pourtant, on ne sent en lui aucune résignation. La tête en bas, il se soulève à moitié sur la croix, malgré la douleur, pour faire face à son supplice dans un geste qui montre qu'il n'a pas renoncé.