Il y a des lieux que l'on peut qualifier de magiques. C'est presque un poncif d'affirmer que la Piazza San Marco à Venise en fait partie. J'ai deux souvenirs inoubliables liés à cet endroit unique par sa richesse et sa magnificence.
Un nouveau MondeLe premier remonte à à mon enfance et à ma première visite à Venise.
Le soir de notre arrivée, ma mère et moi, nous partons tout de suite vers la place San Marco. Rien, aucune photogaphie, aucun film, aucun récit, rien ne peut préparer à la rencontre d’une telle beauté. Dans l’obscurité qui peu à peu enveloppe la place, les dentelles blanches du palais des Doges, les scintillements des mosaïques d’or de la cathédrale, les lignes élancées du campanile s‘estompent doucement. Les lumières dorées qui éclairent les élégantes arcades des constructions entourant la place prennent le relais. La Piazza brille d’un éclat étrange, magique. Sur une estrade, au milieu de la place, un orchestre symphonique donne un concert d’été ouvert à tous. La foule est dense, silencieuse, attentive. Certains restent debout, recueillis, d’autres s’assoient à même le sol tandis que se déroulent les thèmes de La Symphonie du Nouveau Monde. Par la suite, lorque j’écouterai cette musique, ce ne sont pas les images des grands espaces du Nouveau Monde qui surgiront devant mes yeux. Ce sont les ors chauds de la Piazza San Marco qui viendront à moi et le sentiment éprouvé alors d’un moment de beauté parfaite partagé par chacun d’entre nous dans la magie de ce lieu.
Une fillette sous la pluieDes années plus tard quand je reviendrai à Venise avec ma fille Liane âgée de 4 ans, se reproduira un instant de grâce comme seule la Piazza peut nous réserver. Ce soir-là il pleut. L’immense place est déserte, les promeneurs se sont réfugiés sous les arcades. Ils regardent la pluie, patiemment. Discussion, brouhaha... Les orchestres des cafés du Guardi et du Florian jouent sans conviction quelques airs languissants. Attente. La pluie ruisselle sur le sol dallé qui devient miroir et reflète les lumières qui parent les arcades des Procuratie Vecchie de feux tremblotants. Soudain Liane s’élance sur la place, toute seule et commence à danser; elle tournoie sur elle-même, les bras écartés, la tête levée vers le ciel, heureuse. Les musiciens la voient, s’animent et entament une valse de Strauss, vive, légère. Les gens la montrent du doigt, s’arrêtent de parler et tous observent en silence avec un sourire amusé, la jolie fillette blonde, vêtue d’un ciré bleu, qui virevolte sur la place mouillée dans un ruissellement de lumières.