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 Carnet de voyage – Elea
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 Mon journal de Crète
Grèce Mon journal de Crète Dans ce carnet :
9 article(s)
0 diaporama(s)
6 photo(s)
Crée le 06/03/06
Dernière modification le 09/03/06

Impressions crétoises.

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 Héraclion - Grèce
La déesse aux serpents

Et voilà ! Nous sommes en avril 2002 et l’avion nous emporte vers la Crète, cette île de rêve qui nous apparaît bientôt du haut du ciel avec ses côtes découpées dans une mer si bleue qu’elle en paraît fausse. Pourtant, nous ne l’abordons pas sous le soleil. Pendant l’atterrisage, le commandant nous signale qu’il pleut sur Héraclion et qu’il fait 15°. Brr! Ce n’est pas tout à fait ce que j’attendais. Mais pour le moment en route pour le centre d’Héraclion. La ville, sous la pluie, m’apparaît quelconque, bruyante, sans véritable charme. Impression  première peut-être superficielle car je ne suis pas restée longtemps à Héraclion, juste le temps de visiter quelques musées, églises et le site archélologique de Knossos. 
                                               

               Le musée  archéologique d’Héraclion

La visite  du musée  archéologique d’Héraclion par contre  m’emballe  tout de suite : riche, variée, passionnante, elle me replonge  quelques millénaires en arrière du néolithique jusqu’à la période gréco-romaine au V° et IV° siècles avant Jésus Christ. Un saut vertigineux ! C’est bien sûr la civilisation minoenne qui est la plus attirante : là, un acrobate au corps superbe, statuette en bois abimée, témoigne d’un art délicat et gracieux, fin et puissant à la fois. On voit l’athlète en plein saut, bondissant au-dessus d’un taureau maintenant détruit. Plus loin, la superbe tête d’un taureau noir aux cornes d’or me rappelle que la civilisation de Minos est vouée à cet animal déifié  : quelle précision dans ce muffle que l'on croirait chaud et palpitant! Que de grâce dans l’élégante courbure des cornes! L’oeil du taureau semble mélancolique, un peu triste comme s’il regrettait son époque, son créateur aujourd’hui inconnu. Sa toison, entre les deux cornes est ondulée, dans un dernier raffinement de luxe et de beauté. Ses oreilles semblent prêtes à  écouter le murmure souple et indistinct de la vie.
Ici, avec une grâce exquise se tiennent deux déesses aux serpents. La plus grande qui est aussi la plus vieille brandit deux serpents qu’elle tient à mains nues.  Toutes deux sont coiffées d’un drôle de chapeau sur lequel est juché un animal, peut-être un chien ou un chaton ? Selon la mode de l’époque, elles portent une robe qui laisse la poitrine entièrement nue. On ne peut s’empêcher de sourire en pensant que cette civilisation propose en matière de bienséance le contraire de ce qui est la règle en ce qui concerne les  civilisations chrétiennes ou musulmanes. Avec précision le sculpteur a fixé chaque détail de la toilette, la jupe à  plusieurs volants, le court tablier qui la recouvre, la ceinture haute et large qui enserre une fine taille de guêpe, les seins ronds et écartés, les manches trois quart qui s’arrêtent à la hauteur du coude.
Dans les sculptures qui m’ont séduite, j’ai pu encore admirer des statuettes d’hommes en albâtre, d’autres en terre cuite accomplissant les rites funéraires face à des statues de dieux, des  petites Tanagras délicates en train de danser. Le disque à deux faces de Phaistos retient aussi mon attention. Des signes  gravés sur la surface en or, partent du centre et se déroulent en spirale vers l’extérieur. Ces symboles, une tête de soldat, une roue, un oiseau... ne sont pas encore compris de nos jours et demeurent un mystère pour les archéologues. Des traits  séparent  ces dessins entre eux comme s’il s’agissait de mots. Ensuite je me passionne pour les bijoux: à noter un superbe petit canard en or, des bagues ou des boucles d’oreilles sur lesquelles sont ciselées des scènes mythologiques grecques : Daphné se transformant en laurier, Diane chasseresse... Enfin, remarquable, un des plus célèbres joyaux du musée, un pendentif d’une précision extrême et d’une beauté sans pareille. Il représente deux abeilles de profil, enlacées, leurs deux têtes surmontées d’une couronne. De leur bouche sort une goutte de miel. Elles tiennent entre leurs pattes jointes une grosse boule de pollen sertie de fines petites perles serrées les unes contre les autres. Leur abdomen est lui paré de minuscules cercles de perles.  De chaque aile tombe une breloque d’or ouvragé.
La deuxième partie du musée est consacrée aux fresques trouvées dans les maisons des cités minonéennes et transportées au musée pour leur préservation. Une reconstitution d’une salle du palais de Minos à   Knossos nous permet d’admirer la frise des dauphins, celles des  demoiselles en bleu figées pour l’éternité, arborant un sourire énigmatique. Des singes s’ébattent dans des jardins somptueux peuplés d’oiseaux bleus au milieu de lys blancs ou rouges, des iris se dressant autour d’un bassin ...
Un superbe musée, à voir absolument!

               Le musée de Haghia Ekaterina

L’ancienne église byzantine Sainte Catherine a été transformée en musée. Des tableaux religieux, des fragments de fresques ou des statues y sont exposés. Les peintures qui s’étendent sur plusieurs siècles sont étranges car l’art n’a pas l’air d’évoluer contrairement à ce qui se passe dans l’art religieux occidental. Il n’y a pas de perpective, les visages restent plats. J’adore le style byzantin, à la fois naïf et émouvant dans une débauche d’ocre, de pourpre et d’or. Ce que j’aime dans ces tableaux peignant des scènes religieuses, la Cène, l’Adoration des Mages, l’Assomption... c’est chercher le petit détail que l’on ne remarque pas au début : un agneau qui se désaltère, les plis compliqués d’une étoffe, les maladresses qui font sourire comme le visage adulte de Jésus sur un corps de bébé. J’aime également les vieux manuscrits à la reliure en argent, ciselée avec une finesse et une habileté impressionnante. Le travail d’orfèvre  rend avec minutie les moindres détails, l’expression d’un visage, les attitudes, la phalange d’un doigt légèrement replié sur lui-même. Et si je m’intéresse au travail d’orfèvre, je n’en rends pas moins hommage au travail des tisseuses, des couturières et des brodeuses , aux  étoffes  somptueuses des habits sacerdocaux, cascades de velours, de brocart et de fils d’or.. L’aiguille avec une précision étonnante “peint" des paysages, met en scène des personnages religieux jusqu’au moindre  détail qu’il faut presque aller regarder à la loupe.Je me souviens de la barbe d’un saint minuscule constituée de deux couleurs entremêlées, des petites broches brodées qui retiennent les étoles des personnages. Le raffinement est total. Combien d’heures  a-t-il fallu à ces artisans, courbés sur leur travail, pour achever ces habits qui sont à leur manière des oeuvres d’art! Ils nous ont laissé une richesse inestimable et une source d’émerveillement constamment renouvelée.
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