Les monastères de la Crète ont un charme fou et en bonne stakanoviste enthousiaste que je suis, j’en ai visité beaucoup. Bien sûr, je n’ai pas voulu rater les plus célèbres, à juste titre, par leur beauté et leur importance historique. Ainsi je suis allée admirer Moni Akhadiou situé entre Rethymnon et La Canée, haut lieu de la résistance de la Crète contre les Turcs. En 1866, quarante femmes et enfants se donnèrent la mort pour échapper à l’envahisseur et sont célébrés sous le nom des “quarante martyrs". Ce Monastère d’Arkadi, avec son église à la façade baroque, ses bâtiments conventuels, son musée dédié à la résistance et ses nombreux chats, accueille d’ailleurs beaucoup de touristes. Il y a aussi, en Crète orientale, non loin de Setia, le très beau monastère fortifié, Moni Toplou, ce qui signifie en turc “Le monastère aux canons” et les fresques renommées de l’artiste crétois Kornaros. Inoubliables. Cependant, ce n’est pas sur eux que je vais m’étendre car tous les guides les présentent longuement. J’aimerais faire partager le plaisir ressenti dans certains lieux un peu moins connus, ou le pas des visiteurs ne se portera pas obligatoirement, mais qui ont, pour moi,un charme particulier.
Moni Savathianon
Au départ d’Héraclion, en direction de Rethymnon, nous décidons d’abandonner la côte, pour emprunter une route qui serpente à travers la montagne au milieu des troupeaux de chèvres. C’est ainsi que nous arrivons à Moni Savathianon. Une pluie fine tombe paresseusement. Il fait doux. Nous poussons une grille et nous engageons dans un sentier bordé d’arbres scintillant de gouttelettes, d’orangers dont le parfum, délicieux, est exalté par l’humidité. Au fond d’un petit vallon fleuri se niche un monastère blanchi à la chaux. Une icône, dehors, nous souhaite la bienvenue; à ses pieds deux cierges rouges. Tout semble désert mais... Une porte s’ouvre, des religieuses vêtues de longue robe noire en sortent en courant, leur voile rabattu sur la tête pour éviter de se mouiller. Elles s’approchent de nous, souriantes, des “Kalimera” retentissent. Elles sont toutes heureuses de notre visite. L’une d’elle, une vieille soeur moustachue, toute petite, nous fait signe de la suivre et nous ouvre la porte de leur église. Elle reste sur le seuil pour ne pas nous gêner. Minuscule, le petit bâtiment nous accueille dans une odeur d’encens et de bois ciré. Au-dessous de l’icône de la Vierge, toutes sortes d’ex voto argentés sont accrochés sur une sorte de paroi dont j’apprendrai bientôt le nom - l’iconostase - qui sépare l’autel de la nef dans toutes les églises orthodoxes. La vieille soeur nous montre ensuite une direction et s’éclipse, nous laissant seuls sur un chemin de croix qui monte doucement dans la colline. Nous parvenons ainsi jusqu’à une autre église, fermée celle-là, intégrée en partie dans la falaise qui la suplombe. Elle s’appuie sur le roc et la paroi de la grotte au-dessus d’elle semble la protéger. A côté,le cimetière des soeurs présente des tombes simples, avec des pierres blanches, pour la plupart récentes. Des ficus immenses, des citronniers chargés de fruits les entourent, toute une végétation odorante, fraîche, lavée par la pluie et frémissante sous les rayons d’un soleil léger qui apparaît enfin. Sur le chemin du retour, nous passons devant les cellules des religieuses, blanches, ornées chacune par une toute petite fenêtre ouverte sur le calme et la paix de ce lieu. En revenant dans la cour centrale du monastère, plus un bruit, plus personne. Il n’y a plus que le silence et le parfum des fleurs d’orangers flottant dans l’air. Tout semble avoir été un rêve.
Moni Savathianon n’est certainement pas le plus beau et le plus célèbre des monastères crétois mais cette visite reste dans mon souvenir comme un instant précieux, un moment suspendu dans la marche du temps.