Les premiers palmiers longeant l’avenue sont poussiéreux…On distingue mal les zones de travaux, des zones détruites, pourtant les monuments sont illuminés comme à Paris, avoisinant, les façades criblées de mitrailles et d’éclat d’obus. Les balcons pendent au-dessus des carcasses calcinées de véhicules. Parfois conservées dans un piteux état, les maisons typiques libanaises sont restaurées à l’identique d’autres, selon le budget, réparées à grands renforts de parpaings …Nous passons l’ancienne ligne des combats, la cible des snipers, la fameuse ou plutôt l’horrible ligne verte, Bassam nous désigne le Musée dont une partie du patrimoine a été sauvée des combats par son conservateur : la collection est descendue dans les profondeurs des caves. Autour du Musée la ville ne semble que poussière et mélancolie. La cité, maintes fois rebâtie par le passé, est blessée et la gangrène s’est installée . La culture irraisonnée du béton gagne malheureusement du terrain.
Plus loin sur l’autostrade, la nuit sombre cache les plaies de Beyrouth. On ne devine que quelques éclairs bleus d’écrans de télévision et quelques flash de spots publicitaires animés par l’électricité piratée.
Soudain , après un long tunnel, nous sommes transportés dans un autre monde, la lumière règne, domine les hauteurs et la côte. La cité a gagné sur les flancs des montagnes livides parsemées des étoiles entrevues de l’avion, ce ne sont que les fenêtres des centaines d’immeubles poussés comme des champignons sur la pente. Ici, c’est le règne du néon qui impose les grandes marques de boissons fraîches, de lessives et cigarettes, le grand show de la consommation. Mais c’est un cri dans la nuit beyroutine, comme les klaxons incessants, les appels hurlés quand la plupart des citadins dorment, comme les auto-radios poussés au maximum, un cri pour dire que peut-être les libanais existent malgré la guerre, qu’ils sont vivants malgré le vide.