Bénin : Cinq siècles d'art royalLe Royaume du Bénin ne se trouve pas du tout en république du Bénin mais au Nigéria. Depuis le 13ème siècle, les rois, les Obas, règnent sur Edo (Benin city) jusquà nos jours.
Cet art, tout à fait officiel, utilise presque exclusivement le bronze coulé en figures de bonne taille. L'ivoire, privilège royal,matériau noble et précieux figure en moindre proportion. Les occidentaux apportèrent le corail rouge méditerranéen réservé au souverain.
Les têtes des rois, les groupes de statuettes, les panneaux de bronze racontent la vie à la cours. J'ai la naïveté d'aimer qu' on me raconte une histoire.Et les bronzes béninois sont très expressifs.
Cérémonies de cours, scènes de chasses, musiciens, ou culte du dieu marin Olokun, de Ogun, dieu du fer, ou d'Osun(plantes médicinales), tout est raconté avec un maximum de détails. Luxe de précision dans les coiffures, les parures, les armes...Omniprésence des animaux : Léopards, symboles de la royauté,oiseaux, serpents, poissons, grenouilles ou caméléons, antilopes. On ne chasse pas l'aigle comme les fauves. Une confrérie d'acrobates se suspendait à des cordes et se balançais.
Présence récurrente des Blancs : les Portugais, d'abord quui apportaient verroterie et manilles - gros bracelets de laiton - la matière première des plaques et figures sculptées? - des armes ensuite, fusils et canons pour ramener en Europe de l'Ivoire et des objets finement sculptés. Les échanges n'étaient pas du tout ce que j'imaginais. Les Portugais servirent même comme mercenaires pour les Obas! Aucune allusion à l'esclavage, pourtant la traite existait!
par la suite les commerçants laissèrent leur empreinte : sur un coffre de bois, des Européens bottés et casqués se reposent dans des chaises longues!
Déjà, à Ouidah et à Abomey, j'avais découvert des Royaumes hierarchisés très structurés, très organisés. Le royaume de Bénin qui s'étendit dans sa période faste jusqu'à Allada était aussi de première importance. Quand on pense que l'imagerie des colons et des missionnaires faisait croire que le Blanc apportait la civilisation! Ils arrivaient pourtant dans des terres civilisées!
Et même maintenant, qui connaît ces royaumes, ces empires, cet art sophistiqué? En arrivant à Cotonou, je pensais trouver des cases, des bidonvilles, mais pas des palais!
Diaspora , de la cinéaste Claire Denis, m'a un peu déçue. Installation très moderne, très sophistiquée, m'a paru vide. Sur de petits écrans le visage de Lilian Thuram qui tient un discours bien sympathique mais peu original - sauf quand il parle du rôle du père aux Antilles - héritage de l'esclavage, le père n'a que le rôle du géniteur.La mère détient l'autorité et la responsabilité de l'élevage des enfants.
Sur le quai, des baraques de contreplaqué abritent une exposition de photos :
Photoquai. Les promeneurs sont nombreux, familles en patins à roulette, en vélib ou en skate, touristes et badauds. Certains aussi sont armés d'appareils photos ultraperfectionnés qui photographient...des photos!
Le président du musée du quai Branly est à l'initiative de cette manifestation :
Le monde regarde le monde et qui privilégie le regard de non-occidentaux sur la photo. Bizarre que j'emploie cette expression. Cela me fait penser à la conférence de Lecointre, le pape de la nouvelle classification, critiquant la position anthropocentriste de la classification de Linnée.
Invertébré, ne veut rien dire en soi - sauf pour l'homme - qui, lui, est
vertébré! Pour mieux se faire comprendre, Leconintre avait fait une analogie avec la
World Music - classification qui ne veut rien dire - sauf pour la musique occidentale qui est la musique "
classique"...
Nous nous promenons donc dans le "non-occidental" passant sans transition de Russie au Congo, de Chine en Syrie... en Argentine, en Alaska..
Une Iranienne parvient à pénétrer un des hauts lieux du machisme, la salle d'entrainement des lutteurs, elle se met astucieusement en scène avec ses objectifs dans les miroirs. Un Congolais découpe des photos ethnographiques anciennes d'africains nus et les colle sur un paysage de terrils et de chevalets de mines. Un Argentin réussit si bien en technicolor qu'on ne sait plus qui sont les personnages de la fresque, ceux de la publicité ou les consommateurs d'un fast food! Un Combodgien a choisi de photographier des fourmis en grand format. Une Egyptienne, des balcons. Un Grec, des modèles de "mode islamique"....On en a plein les yeux! L'exposition continue sur la passerelle qui relie la Rive Gauche au Musée d'Art Moderne juste en face du Musée d'Art Moderne. La biennale de Photo se tient en intérieur dans le Musée de la Marine et au Centre d'Architecture au Trocadéro.
Pour rentrer, je chemine le long des quais déserts sous une petite pluie fine de plus en plus insistante. Passerelle devant le Musée d'Orsay, je traverse les Tuileries pour reprendre le métro à Palais Royal.