Florence Noël 1992 La Florence d’HiverNous avions échangé nos logements avec des florentins désireux de passer Noël à Avignon où nous habitons. Perchée sur une des collines de Florence, la maison était une vieille demeure de maître. Un grand jardin au charme désuet, seul vestige d’un ancien domaine disparu, dégringolait en étages au-dessus de la ville qu’il dominait. L’escalier qui ornait la façade de la maison, en marbre blanc, flanqué de statues du XVIII° donnait une idée de la magnificence passée...
Très impressionnés, nous devenons pour un temps des personnages d’un film de Visconti ! Mes trois filles jouent dans ce jardin où une fontaine moussue crache des stalactites de glace. Car il fait froid! Pour moi qui ai connu la chaleur écrasante de la Florence estivale, c’est un étonnement. La neige tombe bientôt sur la ville qui s’étend à nos pieds. Les flocons serrés et drus se balancent au-dessus du Dôme de Brunelleschi, voltigent autour de San Lorenzo, du campanile de Giotto, de la tour de la Seigneurie... Bientôt tout est recouvert, la blancheur s’installe, étouffant le rougeoiment des toits de tuiles .
Que dire de la visite dans la ville glaciale où souffle une bise mordante ? Les florentines se reconnaissent à leur riche manteau et leur toque de fourrure. On m’avait toujours parlé de l’élégance des femmes de la bourgeoisie florentine... Je n’avais jamais eu l’occasion de le vérifier au milieu des hordes de touristes rouges et transpirants dont je faisais partie dans la fournaise de l’été. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux, les touristes ! Mais trop encore puisque nous voilà battant du pied dans la cour du Palais Medicis-Riccardi, attendant pour visiter les fresques de Gozzoli, le Cortège des Mages, qui ornent les murs de la chapelle.
Julien Green n’aime pas les fresques de Gozzoli. Elles sont, dit-il, comparées à celles de Masaccio, un défilé de mode où chacun, à commencer par les princes de Médicis, prend la pose. C’est vrai ! Mais quel défilé! Riche, brillant,chamarré! Laurent le Magnifique, nimbé de lumière sur son cheval blanc harnaché d’or, conduit un cortège. Des grands seigneurs, son frère, Julien, son père, Pierre le Goutteux, l’empereur Paléologue, le Condottiere Malatesta et tant d’autres le suivent en foule serrée. En mouvement - les pattes des chevaux dressés dans la marche- ils sont pourtant figés, saisis sur le vif comme dans un instantané photographique. On peut préférer les fresques du grave Masaccio, se sentir plus concerné par son humanité. Mais on aurait tort de bouder son plaisir devant la grâce et le raffinement des princes-marchands de Gozzoli qui incarnent dans leur amour du beau et du luxe l’esprit même de la Renaissance...
A la sortie du palais Riccardi-Médicis nous allons prendre un café ou un cappucino qui font partie du savoir vivre florentin comme les somptueuses glaces de l’été.