Des paysans coupent à la faucille un blé doré très foncé. Pour entrer en contact, D offre des pastilles de menthe, ils mettent une faucille dans mes mains avec des rires. Dominique prend des photos, les femmes posent avec complaisance, Djemila enlève son foulard, on la photographie avec et sans foulard, elle et sa sœur portent de très belles boucles d’oreille. Le jeune garçon descend en courant le champ et nous nous asseyons. La conversation languit un peu, D sort son calepin, je dessine une enveloppe pour dire qu’on leur enverra les photos. Le garçon remonte avec une pastèque qu’on partage ensemble. Après le goûter, ils s’attardent, qu’attendent ils ? Le jeune remonte accompagné d’un autre, casquette à l’envers. Dominique l’accueille :
- « Zidane ! »
- « Bien sûre que je connais Zinédine Zidane ! » …
Il travaille aux remontées mécaniques de Courchevel et va nous servir d’interprète. Dominique lui demande de traduire aux paysans qu’elle préfère leur village aux stations touristiques de la Côte. Etonnement, nous expliquons que nous n’aimons pas le béton
– « peut être que c’est mieux pour ceux qui y habitent »
Leçon de morale en raccourci. Béton et buildings, symbole d’industrialisation, de développement et de confort. Ils sont fiers de la modernisation de la Turquie et préfèrent vivre en HLM. Tant pis pour es touristes en mal d’exotisme ! Ces gens sont adorables, malgré le manque de langue commune ils essaient de communiquer par des sourires, des plaisanteries toutes simples, la vieille dame taquine Dominique avec un chardon, ils rient de mes genoux meurtris par les petites pierres. Nous nous quittons en nous embrassant. Nous sommes bien décidées à leur donner les photos.