J’écris sur le borde la piscine turquoise entre les lauriers roses, les roses trémières violettes. D est partie chercher de l’argent à Denizli au distributeur. Ce matin, je suis montée aux concrétions, il n’y avait personne. J’ai pu apprécier à loisir la douceur de la croûte calcaire sous mes pieds. Selon la pente, la vitesse du courant, il se forme tantôt des ondulations de la surface de l’eau qui court, tantôt des concrétions en boules arrondies, tantôt de petites crêtes qui délimitent des micro-piscines, répliques centimétriques des vasques qui s’étagent le long de la pente et qui font toute la beauté de Pamukkale. C’est un plaisir enfantin de patauger dans l’eau, de s’enfoncer dans l’onctuosité de la boue calcaire déposée au fond des bassins, de chercher l’itinéraire au contact le plus doux, d’éviter les cailloux. Ce plaisir est redoublé par la présence de ruisselets d’eau tiède.
Le débit de la rigole a beaucoup diminué, je comprend pourquoi arrivée au sommet l les vasques vides la veille se remplissent ce matin. La pénurie d’eau est organisée : on inonde chaque jour un secteur différent pour préserver le site tout en prélevant de l’eau thermale captée.
Ce sera une étape rafraîchissant après la canicule des derniers jours.
Il fait presque froid en ressortant de la piscine, l’idée de la baignade permet d’affronter le site aride de Hiérapolis.
Hiérapolis Nous avions rendez vous en haut des concrétions pour explorer la ville antique. Mais l’organisation est cafouilleuse, D n’a pas trouvé la bonne route et a garé la voiture très loin. Les panneaux indicateurs et le plan sont insuffisants nous passerons la matinée à chercher les monuments.
Le
théâtre au moins est visible de loin. Encore un théâtre ! Avant de m’approcher, j’étais bien décidée à le snober et à ne pas gâcher de la pellicule inutilement. Il est si bien conservé : le bâtiment de scène est entier sur plusieurs étages. Nous entrons par les coulisses et nous sommes saisies par la délicate décoration de la scène colonnade de fines torsades aux chapiteaux corinthiens, de la vraie dentelle ! Des
bas reliefs de toute beauté sont protégés par des grillages interdisant la photo. Ils représentent une procession tirant des bœufs en sacrifice à Artémis. La divinité est représentée comme à Aphrodisias dans une robe fourreau ornée. Sur une autre scène sculptée on reconnaît un cerf, des chasseurs, allusion à Artémis ?
Et nous sommes conquises ! Le théâtre d’Ephèse ne m’a laissé aucun souvenir particulier, celui de Milet dominant la plaine alluviale – la mer – avait beaucoup d’allure, à Priène l’environnement de pinède ajoutait à son charme, c’était un théâtre grec, Aphrodisias gréco-romain, celui de Hiérapolis est plus décoré. Plus nous en visitons plus sous sommes sensibles aux détails.
Nous cherchons le
temple d’Apollon, peu restauré, dans les amas des blocs et des fûts des colonnes brisées. Nous l’identifions grâce à une petite niche conduisant au Plutonium, sorte d’antichambre des enfers, remplie de gaz toxiques. Ces émanations de gaz font penser à la Pythie de Delphes, aussi oracle d’Apollon. Bien que le Guide Bleu ne fasse pas mention d’oracles comme à Didymes, cette hypothèse me plaît - sans garantie bien sûr.
A
l’entrée Nord, en haut de la colline, la voiture gravit avec peine la piste caillouteuse très raide qui nous conduit à des habitations, des maisons basses. Certaines maisons presque à ras de terre sont recouvertes de branchages et de boue. J’espère que ce sont des étables !
Porte de Domitien et
Porte Byzantine, ce qui est différent c’est la pierre qui a une chaude teinte orangée : du travertin qui contraste avec les colonnes de marbre. Les concrétions de Pamukkalé sont aussi en travertin mais elles sont blanches à grain très fin.
L’après midi se passe tranquillement au bord de la piscine, j’apprécie cette détente et regarde avec commisération les touristes pressés qui enchaînent visites sur visites sans avoir le temps de souffler. Deux mignonnes petites filles avec des bracelets gonflables nous rejoignent dans la piscine. Dominique fait la conquête de la plus petite qui a peur de l’eau. Vers 16h30 je repars pour une dernier expédition aux concrétions, il y beaucoup de monde mais je m’amuse bien. Lecture du « Monde » et dîner sur « notre » table, un vent tiède souffle assez fort et fait envoler les serviettes de papier.