Les routes crétoises de l’intérieur sont étonnantes, tout au moins pour nous, touristes et automobilistes français. Nous empruntons des nationales, étroites et calmes. Nous croisons bien une ou deux voitures de temps en temps mais si peu...
Parfois nous roulons entre des mimosas, grands arbres différents des nôtres, beaucoup moins feuillus et dont les fleurs duveteuses et parfumées, énormes, nous enchantent. D’autre fois nous serpentons entre des champs d’oliviers au feuillage argenté, à la cîme haute, au tronc si large qu’il faudrait plusieurs personnes pour l’encercler ! En Provence, nous ne sommes pas habitués à des oliviers de cette taille, car ils ont tous gelé en hiver 1956. . Soudain, au milieu de la route, devant nous, se dresse un de ces arbres séculaires (certains peuvent atteindre trois cents ans), un mastodonte, aux branches tourmentées, au tronc rugeux et crevassé. Surprise! que faire ? Suivre la route qui amorce un virage vertigineux, à angle droit, pour tourner autour de lui et l’éviter. La protection de la nature ? Les crétois connaissent mais... quel choc !
D’ailleurs, quand ce ne sont pas les oliviers, ce sont des paysans que l’on découvre, arrêtés en plein tournant, l’un sur sa charrette, l’autre avec un panier plein d’herbes qu’il ramasse sur le bord du champ en taillant la bavette ! Et quand ce ne sont pas les hommes, c’est une chèvre allongée sur la chaussée... Elle consent à se lever mollement pour rejoindre ses compagnes après un crissement sonore de nos freins intempestivement sollicités... Quand ce n’est pas le troupeau entier qui traverse nonchalamment en vous fixant d’un air goguenard.
Un jour, nous roulons sur la troisième route de Crète et nous arrivons face à un pont inachevé dont la construction semble interrompue. La route est prolongée par un chemin qui nous amène droit sur une rivière. Elle n’a pas l’air profonde mais notre conducteur refuse de traverser. Il fait demi tour et demande ce qu’il faut faire au patron d’une station service qui se dresse là, à côté du pont, attendant vraisemblablement des jours meilleurs. Celui-ci, philosophe, nous fait comprendre qu’il faut passer dans l’eau ou...attendre quelques mois (ou plus) pour continuer notre voyage !
Vous cherchez des panneaux de signalisation? Il n’y en a pas ou s’il y en a ce sont des insciptions à moitié effacées sur des panneaux déchiquetés, soigneusement cachés au fond d’un jardin, derrière un arbre, prêts à tout pour échapper à l’oeil pourtant plein d’espoir de l’automobiliste.
Enfin pour couronner le tout, les routes crétoises sont classées parmi les plus meutrières du monde et chaque accident mortel est signalé par un petit autel. Il y en a parfois cinq ou six au même endroit. Remarquez, depuis, nous avons fait aussi fort dans la signalisation des accidents mortels, en France, avec nos funèbres panneaux noirs tachés de sang. Pas très rassurantes non plus, les routes françaises !