Nous abordons le site de Knossos non loin d’Héraclion, sous la pluie battante, au milieu de hordes de touristes munis d’armes sauvages - à savoir des appareils photos - et qui sautent dans tous les sens comme des chèvres en folie, s’appelant, criant, le doigt pressé sur le bouton, l’oeil vissé à l’objectif... Qu’a cela ne tienne, je visite le palais du grand roi Minos qui selon la légende doit son pouvoir au Dieu de la mer, Poséidon, qui fit sortir des flots, pour lui, un splendide un taureau blanc. La civilisation du taureau ! Je déambule dans le mégaron du roi et de la reine, j’admire la salle du trône aux rouges éclatants, fresques splendides aux bêtes fabuleuses, mi oiseaux, mi-lions, griffons mystérieux, au regard attentif, se dressant au milieu de motifs floraux délicats. Un siège en pierre, trône du roi Minos, reste là, témoin d’une autre époque. Plus loin la silhouette d’un jeune homme surnommé "Le Prince au Lys" à cause de son extravagant couvre-chef s’avance vers nous.
Certes, ils sont beaux, ces vestiges d’un autre temps. Pourtant la magie n’est pas toujours au rendez-vous et je me sens souvent déçue. Pourquoi ? La faute est due à la préservation du site par l’archéologue Sir Arthur Evans. Celui-ci a eu le mérite de découvrir Knossos en 1900 et de faire revivre la cité de Minos et de Pasiphae. Mais il a trouvé judicieux de noyer les belles et anciennes pierres des murs, les colonnes aux chapiteaux détruits sous des tonnes de béton. Il a aussi reconstitué entièrement des pièces d’une manière si artificielle que l’imagination est tuée. On n’a plus l’impression d’authenticité. Dans la querelle qui oppose les partisans d’Evans et ses détracteurs, je me place donc dans la deuxième catégorie ! Pour moi, ce site est abimé même si de temps en temps un fragment de fresques, une superbe rue au dallage inégal me procurent ce coup au coeur que je recherche... Heureusement je vais retrouver cette authenticité dans les autres sites archéologiques de Crète!