Septembre 2004
1. Un passage obligé par Bakou
Dès avril 2002, après la chute des talibans, la France a repris sa coopération avec l’Afghanistan dans les domaines de la santé, de l'agriculture, de l'éducation et de la sécurité intérieure. La rentrée de septembre 2004 fut donc pour nous une nouvelle occasion de quitter notre maison et nos habitudes pour nous rendre dans un pays que nous ne connaissions pas…
Partis de Roissy avec Azerbaïdjan Airlines, je suis collé contre le hublot pour faire des photos des paysages que nous survolons mais je suis très frustré car l'avion ne dispose pas de l'écran d’informations sur les pays que nous survolons. Arrivés à Bakou vers 17 heures. Nous rejoignons un ancien hôtel de type soviétique et on nous loge au onzième étage où nous occupons une grande chambre. Il faut d'abord commencer par faire le lit car draps et couvertures sont négligemment posés sur le matelas. Quand nous allumons le superbe lustre qui a dû faire les beaux jours de Venise, il manque deux ampoules sur quatre. Je pars à la rencontre de la personne responsable de l’étage qui me donne en effet deux ampoules mais qui me demande de les changer moi-même. Me voici donc en équilibre sur une petite table que nous avons posée en équilibre sur les deux lits et que mon épouse tient fermement afin de procéder au remplacement des deux ampoules. Fort heureusement, le reste de la nuit sera calme !
2. L’arrivée sur Kaboul
Dès notre réveil, je me précipite sur les différents balcons qui font le tour de l’hôtel afin de faire des photos de cette ville saisie par une frénésie de destruction de ses quartiers anciens pour y planter de hauts immeubles de verre. Bakou est une capitale surprenante qui a les pieds dans la Caspienne et qui est bordée par une multitude de forages qui remonte leur cargaison quotidienne d’or noir. Une odeur persistante de pétrole règne dans l'atmosphère et l'on devine qu'une forte secousse tellurique pourrait recouvrir les rues de la ville d’une épaisse nappe noire. De grandes flaques visqueuses entourent les puits qui bordent le rivage. Nous n'avons pas le temps de nous promener en bord de mer pour apprécier toute l'étendue de ce champ pétrolifère.
Discret, efficace et ponctuel, notre chauffeur de la veille se présente à l'heure dite pour nous emmener à l’aéroport. Après plusieurs fouilles minutieuses, nous prenons place dans un splendide Tupolev 154 qui a dû faire les beaux jours de l’Aeroflot mais qui paraît maintenant très défraîchi avec ses sièges avachis et, pour certains, disloqués. Un voyage de deux heures vingt nous fait survoler les immenses plaines grises et désertiques de l'Asie Centrale puis les hauts sommets de l'Hindou Kouch qui ne sont pas encore enneigés. Et c’est l’arrivée sur Kaboul qui vous surprend par l'étendue de ses quartiers périphériques. Nous sommes pris en charge par des collègues qui sont arrivés dès avril 2002.
3. Premier tour de la ville
Après le déjeuner, il est décidé que nous allons faire un petit tour de la ville que nous sommes impatients de découvrir car elle est nôtre pour deux ans au moins. Nous reprenons la rue de l’aéroport et nous repassons devant le monument de Massoud qui vient juste d’être terminé pour marquer le premier anniversaire de sa mort. La ville nous laisse un sentiment d'inachevé et de désolation. Nous connaissons Beyrouth où nous avons vécu au cours des quatre années qui ont suivi la fin de la guerre mais nous ressentons une impression très différente, car la capitale libanaise était vraiment marquée dans sa chair par les traces de combats acharnés. Ici, on rencontre d’abord de pauvres gens dans une ville basse de terre crue qui semble parcourue par des ombres bleues et des hommes à la longue barbe. Ici, rien n’est fini et la ville est encore prise dans un grand sommeil qui empêche tout développement. Un immobilisme qui ne sera plus de mise, un an après notre arrivée. Une odeur acre de poussière vous prend à la gorge et vous n'arrivez pas à arrêter votre regard sur une scène ou sur des gens bien précis. Je me sens à la porte d'une grande ville qui ne m'aurait pas encore permis d'entrer et de m'installer. Les soirées sont balayées par un fort vent qui soulève une poussière très fine qui irrite fortement la gorge de mon épouse. Elle est, chaque soir, prise de quintes de toux sèche mais elle finira par s’y habituer. Il y a trois jours encore, je me faisais une toute autre idée de cette ville qui s'étale sur un plateau à 1850 mètres d'altitude et qui est cernée de tous côtés par de hauts contreforts qui retiennent la pollution. Les industries sont certes absentes du paysage mais les voitures d'un autre siècle abandonnent une belle fumée noire qui envahit ciel et poumons. L’avenir nous montrera qu'on peut aussi s'habituer à la pollution…