Le centre historique de Riga est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.Le bus nous arrête près du monument de la liberté, érigé en 1935 !
Nous flânons sur de larges trottoirs. Les boulevards sont comme de vastes allées ouvertes à tous les vents. Riga est vivante, colorée, pleine de monde. Les trottoirs sont bondés, les boutiques de luxe, éclatantes et branchées. Les touristes affluent de partout, Russes et Allemands bien sûr, mais aussi Italiens, Anglais et Français. Si certains viennent aussi pour effectuer quelques achats, et que Riga reste une destination plutôt “bon marché“, il n’en demeure pas moins que les prix sont de plus en plus élevés.
Au fur et à mesure que nos pas nous entraînent, mon esprit se libère. Je ne compte plus les heures de marche, les kilomètres à pied. Pourtant que ce soit en tram, en bus ou en trolley, on peut aller partout. Le réseau des transports est très étendu et fonctionne de 5h.30 à minuit. Mais enfin, tant que nos pieds sont encore capables de nous porter, on continue ! Beaucoup de rues de Riga sont pavées. Et l’on s’engouffre plein de curiosité dans ces artères creusées comme de gigantesques sillons carrelés.
Le vent de Septembre qui souffle en rafales s’amuse de nous voir trébuchant. Avec insistance, il fouette nos visages. Alors, on quitte les grands boulevards arborés pour les ruelles du centre historique. Derrière nous, les feuilles qui s’accrochent encore aux grands arbres rougissent. Dans des ruelles plus intimes, on s’aventure.
On passe devant l’ancienne tour poudrière, bien ronde et ventrue, qui date de 1330, et l’on file sur Torna Iela. Ici, on se pose pour apprécier un long café chaud. Torna Iela est bordée par l’ancienne caserne, long bâtiment haut de deux étages de couleur ocre jaune. Je me détends. J’étends mes jambes. J’écoute les gens qui passent près de moi. J’entends ce mélange de langues. Et puis au loin cette tour de brique, mangée à moitié par le lierre. Elle aussi est mélangée, rouge et verte. Et puis encore plus loin, dans mon esprit cette fois, au fond de moi, j’entends les voix de ceux qui sont restés, ceux dont l’âme flotte encore le long de l’ancienne caserne. Autour de moi, les pas qui claquent sur les pavés, les langues qui se mélangent, les accents colorés et la lumière rasante du soir m’enivre. Là, juste à l’instant, le soleil fait son apparition. Une lumière orangée luit sur les toits et se reflète sur les pavés.
Vite ! On avale notre café, et l’on se décide enfin à emprunter le tram. Celui qui file sur le pont Akmens depuis Barona Iela. La lumière du soir qui rase les pavés nous appelle. Le tramway bleu est là ! Avant que le soleil ne s’en aille, on s’engouffre entre les portes et l’on s’impatiente comme deux petits enfants. Les portes se referment. Le long tramway bleu dégringole, comme un bateau se dandinant sur un fleuve bordé d’ondines. Si au-dessus de nous le ciel est encore gris, le soleil mouillé du soir dégouline sur les vitres. Il transforme quelques gouttes disséminées en étoiles scintillantes et semble provoquer de lourds nuages noirs chargés de froid qui patientent. Emmitouflé dans cette écharpe de douceur, j’étire l’instant, et transforme chaque seconde en une éternité, la tête brinquebalante et les yeux fermés.
Pourvu que le tram soit plus rapide que la descente du soleil pour voir la Daugava s’enflammer ! Ouf, il n’est pas trop tard. Elle est comme un long fleuve de feu qui dégueule depuis un immense volcan incandescent. Les puissantes flèches d’églises se transforment en gigantesques aiguilles rougeoyantes. Elles s’envolent en plein ciel et déchargent d’innombrables affluents de feu qui alimentent un tourbillon d’éléments puissants. Moi, du haut du pont, j’observe avec tout mon corps cette avancée lumineuse. Elle réchauffe mon cœur malgré le froid du soir qui tombe.
Ce soir, je veux survoler la Daugava. Je veux être tout près d’elle pour la sentir, respirer son parfum si intact, tellement authentique. Je veux qu’elle me dise d’où elle vient, qui elle est, ou elle va, qu’elle me dise ce que je ne sais pas, qu’elle me montre ce que je ne vois pas, qu’elle guide mes pas. Ce soir, je veux, l’espace d’un instant, faire partie de cet ensemble fabuleux que je peux presque toucher du bout des doigts, l’eau et le soleil. Ce soir, je veux savoir, alors que, sur l’autre pont, le train pour Jurmala s’en va, je veux savoir qui je suis vraiment. Le soleil, comme une orange, fonce de l’autre côté. Mais juste avant il enflamme tout. Il brûle tout ! le château, les ponts Vansu et Akmens, la grande Brivibas Iela, le tramway bleu, le train jaune, la maison du chat, les pavés autour de la Place Livu qui ressemble à un petit village aux maisons chaudes, les masques des façades d’Alberta Iela, le marché aux fleurs de Terbatas Iela et puis aussi mon cœur. À l’instant, dans le froid du soir, alors que sur le pont ma main tremble, je sens en moi un ouragan de chaleur m’envahir. La brise légère qui vient du Nord me fait frissonner. Le soleil a disparu.
En une fraction de seconde, comme ça, comme on claque des doigts, et bien je m’envole. Non, pas comme un oiseau, pas physiquement, je m’envole dans mon esprit. Il n’y a plus de frontières, plus de limites. Je deviens un filet d’air pur qui glisse de partout, et je dégringole le long des câbles du pont Vansu, au-dessus des bus, des cars et des voitures. Puis, je rase la Daugava frémissante, jusqu’à la mer. Le soleil aveugle encore mes pensées. Un moment, je m’installe sur un banc bleu à Majori, face à la mer et mes souvenirs. Par le train du soir, je quitte Jurmala, direction la gare centrale. À proximité, au marché, il n’y a plus personne, il est trop tard. Les anciens hangars de zeppelins qui l’accueillent sont fermés, vides. Pourtant ce matin, il y en avait du monde. Et puis aussi des légumes, des fruits, des champignons, du miel, de la viande, du poisson, du fromage et des senteurs et des couleurs et des clameurs !
Cette fois, la nuit est tombée. D’innombrables restaurants aux néons multicolores nous attendent. On préfère la kafejnica (cafétéria locale) qui sert des repas à des prix plutôt modiques.
La tour s’illumine, il est 21 heures. Je file sur Terbatas Iela acheter un magnifique bouquet de fleurs. Et je l’offre à l’architecture de Riga. Je l’offre à cette architecture Art-nouveau fantastique qui envahit les rues d’Elisabetes et d’Alberta Iela.
La bruine s’est levée. Les pavés sont glissants. On se promène encore longtemps en espérant rencontrer au détour de ruelles, lorsque tous sont endormis, l’âme errante de la vieille ville qui se laisserait photographier. Peut-être se cache-t-elle près du château, résidence du président, ou encore en haut d’une des nombreuses flèches d’église, comme celle de Saint-Pierre, qui offre une vue panoramique sur la ville. Peut-être la surprendrons-nous près de la maison des têtes noires, ou l’on pourrait croiser un marchand de la ligue hanséatique. Peut-être s’est-elle réfugiée sur les bords de la Daugava où accostent parfois, aux confins de la promenade qui borde le fleuve, trouant un rideau de brume, de lourdes embarcations grinçantes, pleines de marins venant du Nord et du froid.
Alors la nuit, on se laisse happer. Et l’âme de la ville est là, derrière chaque pierre, chaque monument, on la ressent. Comme nos pas résonnent, les masques des façades jusqu’alors endormis se mettent à hurler. La tête enfoncée dans un rêve, on poursuit notre route dans un labyrinthe d’impasses aux lumières adoucies. Derrière nous, le tramway bleu s’enfouit dans la nuit métallique. Entre les avenues sans fins on poursuit notre route, des porches bruyants aux néons crus jusqu’aux cours désertes des bords de boulevard. On saute dans un bus, on hèle un taxi. Alors que l’atmosphère pâlit, la nuit lentement se termine. Au creux de silencieuses ruelles, on s’endort. Elles pavent notre cœur de réconfort.
Remerciements :Air Baltic :
http://www.airbaltic.comOffice de Tourisme de Lettonie :
http://www.latviatourism.lvhttp://www.2mcarnetdevoyage.com