
Partir marcher (randonner plusieurs jours) nécessite de choisir avec précaution ses compagnons de voyage. Les livres particulièrement. En format de poche de préférence. Pour des raisons pratiques à l’évidence. Et au moment de préparer mon sac, ce savoureux rituel qui est déjà le voyage, je me prends à regretter que la production française ne se soit pas alignée sur celle du Pérou dont un ami m’avait envoyé deux exemplaires et dont j’avais consciencieusement mesuré les dimensions : 10x15 centimètres, soit une surface de près de vingt deux pour cent inférieure à celle des productions de livres de poches françaises les plus usuels. Constatation dont j’avais alors trouvé prétexte pour ébaucher une assez improbable théorie fondant la différence fondamentale de ces deux nations (péruviennes et françaises) sur la taille supposée (ou plus exactement déduite) des poches des habitants de ces deux continents respectifs, théorie dont je ne me souviens plus aujourd’hui, alors que je dois choisir ceux que la place qui me reste dans mon sac m’autorisera, l’aboutissement (si tenté qu’elle ait abouti, ce dont je doute).
Michel Le Bris, Pierre Sansot et Olivier Rolin m’accompagneront donc. Tous trois sont de bons compagnons de voyage et de marche, je le sais pour les avoir fréquenté déjà en de telles occasions. Mais de Michel Le Bris, j’emporte « Un hiver en Bretagne », ce qui peut paraître paradoxal alors que je me prépare à emprunter les chemins qui ceinturent les Volcans d’Auvergne… Mais c’est que la Bretagne et l’Auvergne constituent pour moi indéfectiblement mes « Paysages originels », titre de l’ouvrage d’Olivier Rolin. Un livre écrit pour démontrer, au travers de la relecture de cinq grands écrivains, que
les lieux de l’enfance forment des paysages originels, géographiques et affectifs, dont personne ne s’évade jamais complètement. Et pourtant, ni la Bretagne, ni l’Auvergne ne sont les lieux de mon enfance, alors que je prétendais à l’instant qu’ils m’étaient « originels »… Mensonge, illusion ou bien ? Mais à quoi bon vouloir tenter de définir les raisons qui me conduisent à savoir (bien que je sache raisonnablement le contraire) que ces paysages (ceux de Bretagne et d’Auvergne) sont mes paysages originels ? Pour ce voyage qui s’annonce, comme un recommencement de ce qui, sans doute, était demeuré comme en suspens, n’existe ni but, ni fin…