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 Lozère, pays de mes ancêtres
France (Métr.) Lozère, pays de mes ancêtres Dans ce carnet :
9 article(s)
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65 photo(s)
Crée le 31/03/06
Dernière modification le 04/05/06

Un pays protestant.

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 Un petit cimetière protestant , chapitre 3 - France (Métr.)
le château d'Urbain V en automne

Le cimetière et ses saisons.

Mon petit cimetière est un poste d’observation. Accroché sur les pentes herbeuses, dominé par la butte du Fromental derrière lui,  face à la montagne du Bougès et plongeant sur les gorges du Ramposel, torrent capricieux qui se fraye un chemin dans des falaises de granit à 300 mètres au-dessous de lui, il voit défiler les saisons.

"Ce pays est meilleur que le nôtre" disait Victorin pendant la guerre de 1914 en parlant de Verdun enneigé...  Oui, car l’hiver lozérien est terrible. Les températures négatives peuvent descendre couramment jusqu’à -15 voire -20°. La neige est à la fois trop présente et trop rare pour être cet or blanc triomphant qui pare la chaîne des Alpes et amène avec elle de joyeuses troupes de skieurs.  L’hiver, à Grizac, la vie se replie sur elle-même, s’encoconne, s’emmitouffle; les travaux extérieurs s’arrêtent; les bêtes, vaches ou chèvres, sont enfermées dans les étables ou les chèvreries. Le petit cimetière prend un air maussade et triste, les tombes brûlées par le froid. Les plantes noircissent, se recroquevillent, s’étiolent. Le cimetière s’arc boute, s’enracine dans le sol gelé, luttant contre les vents violents qui le fouettent. Le Bougès, à la cime râpée, blanchie, étend ses pentes abruptes chargées d’arbres aux branches dénudées déclinant toute une palette de gris, de mauves et de roses dans la lumière pâle et froide. Cà et là, des trouées d’un vert sombre, le noir solennel et sévère des conifères. Tout en bas, le Ramposel écume, bave, mousse où se fige dans des stalactites géantes. Et l’hiver dure, paraît se terminer... revient encore, pousse des offensives juqu’en Avril. Il n’en finit pas de finir et laisse des champs désolés, des prés sans herbe, tondus, des tiges rongées, flétries. A croire que plus rien ne pourra repousser. On  comprend l’exode, on comprend pourquoi ils sont tous partis, ces paysans lozériens, "pour être flics ou fonctionnaires, de quoi attendre sans s’en faire que l’heure de la retraite sonne..." comme le chante Jean Ferrat.

Et pourtant ! Dans les prés qui reverdissent, les primevères éclosent, les violettes aussi. Bientôt des constellations d’étoiles blanches ou dorées s’allument, narcisses ou jonquilles. Au cimetière, les tulipes surgissent, multicolores, les iris veloutés sur la tombe de grand père ou du grand oncle embaument déjà, bientôt les pivoines écarlates de la petite Marcelle flamboieront.

Maintenant, il faut tailler le sureau d’Antonie qui reprend des couleurs, déploie ses branches, suspend ses fleurs blanches comme des petits parachutes, et parsème de la neige de ses pétales la tombe où il a pris naissance. Il donne l’assaut à la stèle où est gravé le nom de la  jeune femme  trop  tôt disparue, comme s’il voulait recouvrir les traces, effacer sa mémoire. Les rosiers - ceux qui ont résisté au gel - offrent une floraison parfois timide, quelques grandes fleurs d’un orange chaud, où une profusion de petits boutons blancs délicatement teintés de rose. Qui a dit qu’un cimetière est un lieu triste ? Au printemps, il chatoie, il s’irise et s’étire comme un chat au soleil. Les pentes du Bougès se revêtent de toutes les nuances de vert et le chant du Ramposel monte jusqu’à nous. A la fin de la saison, juste avant la fenaison, l’herbe est haute, odorante, tapis multicolore où fleurissent les boutons d’or, les marguerites, les scabieuses à la collerette mauve, les campanules aux clochettes bleues... Au  bord des chemins et sur la montagne poussent le millepertuis, l’achillée à l’ombelle délicatement ajourée, le serpolet, l’anémone sauvage et toutes sortes de graminées fragiles, dansant dans le vent.

Et alors vient l’été ! Le village s’anime. Les maisons souvent fermées en hiver ouvrent leurs volets. De la colonie protestante, en haut du village, fusent des rires et des cris d’enfants qui disputent des matchs de football dans le pré. Les touristes descendent la rampe vers le château. La vie reprend. Mais l’été peut amener aussi son cortège de maux. La sècheresse en est un et elle s’accroît d’année en année. Le Ramposel ne coule presque plus et n’offre que des gouffres vaseux, une eau stagnante où meurent les truites. La terre a soif. Les prés autour du cimetière roussissent, l’herbe se fait rare. Les chèvres ne trouvent plus à manger dans la montagne. Elles tournent autour des maisons à la recherche d’un pâturage. Le fermier est obligé de couper les cîmes des frênes pour leur donner les feuilles. Tout est excessif en Lozère, le froid, la sècheresse... Il y a toujours trop ou pas assez... L’homme a dû lutter âprement pour y assurer sa survie et les anciens qui sont restés sont souvent devenus  austères et sombres à l’image des pierres granitiques  qui ont formé ce pays.                         

Mais l’automne ! l’automne avec sa fulgurante beauté ! Autour du cimetière c’est la farandole des arbres qui revêtent une parure somptueuse : feuilles mordorées des châtaigniers qui descendent  comme une flamboyante cascade jusqu’au Ramponsel. Les jaunes des trembles ou des bouleaux,  les ocres,  les roux, les  oranges des frênes et des hêtres, l’or pourpre des cerisiers sauvages, les rouges des érables embrasent le Bougès tout entier.

L’automne et ses surprises aussi ! Il arrive qu’en poussant la porte en bois du cimetière,  les fleurs, qui ont refusé de pousser en  été, vous offre une petite fête : lins bleus et rouges, aubriétia violet, oeillets d’Inde, capucines, corbeille d’argent, volubilis accroché au grillage rouillé... Ou bien c’est le brouillard qui montant du torrent  vous enveloppe "dans son sac de coton", gommant les formes, étouffant les bruits. C’est la saison des poètes, "la saison où tout tombe aux coups redoublés du vent", la saison à l’odeur de terre humide et de feuilles décomposées, la saison envoûtante, la plus belle, ma préférée...
Le Bougès enneigé en hiver Le Bougès dans le brouillard
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