La rue de la Petite Fusterie est située entre la rue Saint-Etienne et la rue Saint-Agricol. Elle est dominée par la belle église du même nom à laquelle on accède par un grand escalier. C'est une rue rectiligne, ce qui est rare à Avignon, car elle suit le tracé d'une ancienne voie romaine, à l'est. Des vestiges romains peuvent d'ailleurs être aperçus derrière l'église saint Agricol rappelant que nous sommes à proximité de l'antique forum de la cité.
Monsieur B., professeur, vécut dans la Petite Fusterie dans les années 1940. Il était logé dans un appartement à l’angle de cette rue et de l’Escalier Saint Etienne disparu de nos jours.
J’habitais la Petite Fusterie, dans la partie prolétaire de la rue, du côté pair. En face, du côté impair, j’avais vue sur de superbes et somptueux hôtels appartenant aux anciennes grandes familles avignonnaises. Tout près de là, il y avait la rue des Grottes et ses maisons à moitié démolies, véritables champs de ruines où vivaient les gitans. Les petits "caraques" comme on les appelait dans le midi, venaient se soulager dans mon couloir. Je leur distribuais bien quelques coups de pieds au derrière mais cela ne les décourageait pas ! Bah ! Tant pis ! j’aimais ce quartier. Il était tellement vivant et drôle. Il a perdu tout caractère à présent. En haut de l’Escalier s’étendait la place de la Madeleine qui constitue en gros, de nos jours, l’actuelle place Campana. A l’époque c’était un quartier de prostituées et de maisons closes. La place de la Madeleine en 1938 se souvient madame C. qui tenait une grande épicerie non loin de là, près du Palais des Papes,
comptait une dizaine de maisons closes. Quant à nous, mon mari et moi, tout jeunes et naïfs, nous arrivions de notre campagne et nous regardions tout ça avec de grands yeux. Le vendredi, les prostituées se rendaient à l’hôpital Sainte Marthe pour la visite. La sous-maîtresse s’arrêtait chez nous pour nous demander de leur mettre leurs courses de côté. Le Dimanche, c’était un défilé incessant des soldats du 27° tirailleur du génie. Tout cela faisait beaucoup de mouvement dans ce quartier très bigarré. Un jour, mon mari et moi, nous prîmes notre courage à deux mains et, bras dessus, bras dessous, serrés l’un contre l’autre comme deux oiseaux frileux, effrayés de notre témérité, nous nous sommes aventurés sur la place. L’animation colorée et bruyante du lieu, le va-et-vient des clients, les femmes à moitié nues sur le seuil des maisons au nom pittoresque : Le Chat Noir, Le Chabanais... tout nous choquait... et nous donnait en même temps l’impression de vivre une grande aventure interdite !L’actuelle place Campana, dont l’emplacement correspond en partie à celle de la Madeleine, a été entièrement renovée, entourée de toutes parts par des immeubles neufs. C’est un grand espace vide, sans âme, où personne n’a envie de s’arrêter.