Dans la Crète orientale, à Haghios Nikotaos, nous empruntons une route qui grimpe à travers la montagne jusqu’à Krista, ville réputée pour ses dentelles comme nous le prouvent tous les magasins pour touristes exposant mouchoirs, nappes ou vêtements. Cela nous fait fuir. En fait notre but est la Panaghia Kera, une petite église byzantine construite au XIII° siècle, tout près de Krista. Nous la trouvons dans la campagne, toute blanche, entourée de cyprés et d’oliviers.
C’est un coup de foudre! Elle a une forme bizarre parce que deux nefs latérales ont été rajoutées à l’église primitive à une seule nef. Or, pour maintenir le tout, il a fallu ajouter des contreforts de chaque côté. On dirait qu’elle s’accroche au sol, de toutes ses pattes -je veux dire de tous ces arc-boutants - la petite église, qu’elle plante solidement ses racines dans le sol. Devant, à l’entrée, sur la façade percée de jolies petites fenêtres en ogive et d’une porte, un léger campanile supporte une cloche avec sa corde accrochée à une des fenêtres. Comme dans beaucoup d’églises ou de monastères crétois, la cloche est tirée de l’extérieur. La coupole surmontée d’un haut tambour recouvert de tuiles roses est couronnées d’une croix.
L’intérieur de la Panaghia Kera est aussi une surprise. Dans une semi obscurité, apparaissent, lumineux sur les murs peints, les silhouettes et les visages de personnages religieux auréolés de lumière, se détachant sur des fonds rouges, des motifs floraux... Une richesse qui contraste avec l’extérieur de la chapelle dans sa blanche simplicité.
Ces fresques illustrent en un raccourci saisissant dans un espace aussi restreint l’évolution de la peinture sur deux siècles.
Dans la nef centrale du XIII° siècle représentant les scènes de l’Evangile. L’exécution est archaïque. Les visages paraissent étranges, figés dans une expression assez sévère. Le cheval de la Vierge dans
la Fuite en Egypte est plus petit que Marie dont le haut du corps est disproportionné par rapport aux jambes. Mais cette naïveté ne va pas sans grâce et l’on se plaît à regarder avec attention les décors, les couleurs, la stylisation des arbres et des plantes.
Dans la nef du Nord du XIV° siècle sont mis en scène
le Christ Pantocrator et les apôtres. Dans la nef du sud du XIV° sont peints les scènes de
la vie de Sainte Anne et de
la Vierge Marie. La scène s’anime, l’artiste saisit le mouvement dans sa continuité. Le personnage se penche pour donner l’eau du jugement, tend la fiole à bout de bras. Un rideau s’envole; des émotions passent sur les visages. La peinture devient vie. La visite semble suspendre le temps. On sort de l’église dans la lumière, les yeux encore pleins de toutes scènes qui resteront un des plus beaux souvenirs de notre visite crétoise.
Mais vérifiez les horaires. Lors de mon séjour en Crète, la Panaghia Kèra était fermée dès 15h et le lundi, d’avril à novembre.