Knaissé, petit village montagnard au-dessus de Beyrouth, victime lui aussi de la guerre civile libanaise.
Un ciel noir et vitreux. Des gouttes de pluie sur le pare-brise en petits éclats concentriques et maladifs, laissant une empreinte boueuse, voile sur le paysage qui défile.
L’église de Knaissé, et derrière elle, les caveaux bafoués par la guerre, par les hommes.
Trous béants, sombres et engorgés. L’œil n’arrive pas à tout de suite à saisir des détails dans cette pénombre imposante : ossements, brindilles, pierres s’entremêlent dans une indescriptible confusion. Ici, le silence est pesant, l’air lourd et âpre. Les rochers tout autour ont revêtu leur masque mortuaire, à l’image des crânes enfoncés dans la terre.
Il n’y a plus de traces d’horreur, plus l’odeur morbide du crime perpétré, il y a cette tristesse insondable, pénétrante à laquelle on ne réchappe pas.
Le vent s’est levé brusquement, soulevant les feuilles qui volètent, s’arrachant douloureusement du sol. Et ce sifflement plaintif courant lentement le long des murs. La voix de Levon, notre ami libanais, m’arrache violemment à ce lieu, m’enlève le manteau de la mélancolie.
La voiture file. Je ne me retourne pas. J’imagine que ce tableau restera intact tant que les mémoires et la terre n’auront pas oublié.