Les grandioses Gorges du Tarn creusées dans le calcaire sont un haut lieu du tourisme cévenol. On connaît moins le Tarn granitique plus à l’écart mais qui offre pourtant de beaux paysages tourmentés. Parfois, selon les saisons, on peut les visiter en solitaire dans un face à face avec la nature.
Aussi je vous amène avec moi aux sources du Tarn au pied du mont Cassini. A partir du Pont de Montvert, il faut prendre la route (D20), à l’entrée de la ville quand on vient d’Alès, qui monte à travers le Mont Lozère jusqu’au col du Finiels et rejoint le Bleymard. On traverse des hameaux aux petites maisons de granit couvertes de lauzes, un peu défigurées par quelques bâtiments hors norme. C’est que nous ne sommes pas dans le Parc National des Cévennes, qui exclue certaines villes comme le Pont-de-Monvert ou certains villages, leur laissant la liberté de construction. Après le village du Finiels, la route devient de plus en plus sauvage et grimpe au milieu de champs de granit avant d’aborder la forêt. Elle atteint enfin le col du Finiels annoncé par un panneau (1540m).
Là vous avez deux solutions selon le temps dont vous disposez :
Laissez la voiture sur le parking et marcher jusqu’aux sources. C’est une promenade d’environ 10 km aller retour. Il faut compter trois heures pour des marcheurs moyens. N’oubliez pas un couvre chef et surtout de l’eau car le soleil peut cogner fort selon les saisons et pas seulement en été. Vous pouvez vous attendre à tous les temps. Au printemps, les variations climatiques sont assez étonnantes. Un petit vent froid... et vous voilà appréciant une laine. Le soleil... et vous soupirez après une bouteille d’eau. L’hiver, la neige vous offre une piste de ski de fond sympa qui vous amène près des sources.
Deuxième solution : si la marche vous fait peur, la piste de ski de fond devient dans les saisons intermédiaires un chemin de terre carrossable que vous pouvez emprunter en voiture.
Pour notre part, en ce mois d’avril, nous décidons d’aller à pied. Un couple en voiture fait demi tour, la route étant barrée par une grosse congère. Des plaques de neige fondent lentement au soleil. Ouf ! nous sommes donc seuls sur ce chemin magnifique face à un paysage qui sort lentement de l’hiver. Seuls, non, pas tout à fait, car nous rencontrons un vieil homme promenant son chien. Plus tard, au retour, ce sera un cycliste, sa tente roulée sur le porte bagage qui s’enfoncera dans la forêt. Tout le monde se salue ou se parle en montagne, on est loin de l’indifférence de la ville. Ces rencontres dans le silence troublé seulement par le chant des oiseaux et le murmure des ruisseaux sont bien agréables.
Nous laissons derrière nous, à l’Ouest, le mont Finiels, point culminant du Lozère (1702m), nous marchons en direction de l’Est. Le chemin se divise rapidement en deux, un panneau indiquant la direction de la voie romaine sur la droite (les romains ont bâti des routes sur les crêtes pour pénétrer dans nos montagnes plutôt que dans les vallées encaissées). Mais c’est la piste sur la gauche qu’il faut emprunter encadrée par des étendues de bruyère brûlées par la neige. Dans un sol détrempé qui se transforme peu en peu en tourbière quelques perce neige timides pointent leur nez à côté de crocus mauves encore rares.
Au Nord, un spectacle à perte de vue, de la vaste forêt domaniale qui se déroule au-dessous de nous jusqu’aux sommets de la Margeride dans un lointain bleuté. De nombreux petites sources ruissellent, se frayant en chemin parmi l’herbe roussie pour aller grossir les affluents du Lot. Au sud, le Tarn et tous ses petits affluents dévalent aussi en direction de la Garonne et de l’Atlantique. A l’est, tout part vers la méditerranée. Nous sommes, en fait, sur une ligne de partage des eaux en direction de l’Atlantique et de la Méditerranée.
Sur notre droite, le versant sud de la montagne, surélevé par rapport à la route, nous empêche d’apercevoir les sources du Tarn. Au bout de 4-5 kilomètres environ il faut quitter le chemin pour monter sur le versant. C’est en redescendant que vous apercevrez, au milieu d’un vallon un mince ruisselet sinuant parmi les herbes : c’est la naissance du Tarn !
Nous nous asseyons dans les bruyères, goûtant la fraîcheur de l’air. De petites plaques de neige occupent des creux formant comme de petits névés. Il y a eu sans doute là un ancien glacier de petite taille au quaternaire et plus tard, vers le XVII° siècle, pendant la période de refroidissement, des formes périglaciaires se sont formées aussi. Au-dessus du Tarn se dresse le Pic Cassini, un des sommets les plus élevés de Lozère (1680 m), qui doit son nom à une famille de savants français d’origne italienne, les Cassini. Ces derniers ont été à l’origine de la cartographie de la France et de sa division en départements.