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 Avignon, l'île sonnante
France (Métr.) Avignon, l'île sonnante Dans ce carnet :
15 article(s)
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108 photo(s)
Crée le 01/04/06
Dernière modification le 04/06/07

Avignon, son histoire, son patrimoine, ses habitants.

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 Le quartier des Rotondes - France (Métr.)

Le quartier des Rotondes à Avignon n’attire certes pas les touristes et les rotondes à qui il doit son nom, dépôt du chemin de fer, ne paient pas de mine. Cette construction industrielle, grisâtre et imposante, est  aujourd’hui dédaignée. Pourtant, elles furent les plus importantes d’Europe lors leur reconstruction après le bombardement de l’aviation américaine en 1944. L’ingénieur Bernard Lafaille, un des premiers à s’intéresser aux surfaces autoportantes en voile mince de béton, conçut ces "coques" qui permettent une économie et une rapidité accrues de la construction. On venait de loin pour les admirer comme un exploit de la technique moderne.

Ce quartier, un des plus populaires d’Avignon, aujourd’hui comme hier, a marqué la vie d’Avignon. Son histoire est liée étroitement  à celle du PLM, le Paris-lyon-Marseille, fusion en 1857 des deux compagnies de chemin de fer, Paris-Lyon et Lyon-Marseille. La création du PLM eut pour conséquence bénéfique le développement de l’exportation des primeurs, l’augmentation du nombre de voyageurs et l’accroissement de leur mobilité, ce  qui favorisa l’exode rural et le tourisme dans nos régions.

C’est en 1880 qu’on établit à Avignon, sur la route de Marseille, un dépôt de machines couronné par d’ énormes rotondes, dépôt qui va transformer le quartier.
Sa mise en place en place du chemin de fer amène en effet toute une population  qui travaille à terre ou sur les trains : ajusteurs, mécaniciens, conducteurs, aiguilleurs, lampistes, piqueurs de voie... Des constructions ouvrières sortent de terre pour accueillir les cheminots, les commerces prospèrent. Au-delà du quartier, c’est la campagne avec ces grandes fermes, les jardins des maraîchers de nos jours repoussés par la ville.

Fille de cheminot, L. qui avait cinq ans en 1930, raconte ses souvenirs de son enfance :

Mes parents avaient un logement dans l’actuelle rue Alexandre Blanc, juste en face de l’église du Sacré Coeur, tout près du dépôt, dans ce quartier que l’on appelait alors le "Quartier Noir" et pour cause ! Chaque fois que les cheminots nettoyaient leur machine, la cheminée de leur locomotive crachait une épaisse fumée noire et lançait des escarbilles qui se déposaient sur les murs et le sol alentour. Il nous fallait vite rentrer la lessive si nous ne voulions pas avoir à tout recommencer.
Les hommes, après le travail se réunissaient au café pour prendre un verre et discuter politique. Plus tard, ils se retrouvaient au club des cheminots en face du dépôt où il est toujours de nos jours. Les discussions étaient vives entre "rouges" et "catholiques" au moment des grands conflits sociaux. Il y avait aussi, dans l’avenue des Sources, le centre d’apprentissage du chemin de fer et le centre aéré pour les enfants de cheminots.

J’avais cinq ans quand j’ai pénétré dans les rotondes pour rendre service à mon père. Tout me paraissait immense. Les locomotives glissaient sur des rails qui les amenaient au-dessus de grandes fosses qui permettaient aux ouvriers d’effectuer nettoyage et  réparations. C’était un  spectacle inoubliable pour la toute petite bonne femme que j’étais alors. Déjà habituée à tout faire comme une grande, je me baladais dans tous ces bâtiments comme si j’étais chez moi.
Mon père était un "roulant", un mécanicien de route. Sur sa fiche de salaire était écrit le sigle MECRU. Il était fier de son titre. Il conduisait des trains de marchandises et connaissait toutes les caractéristiques de “ses” locomotives. Il les aimait et considérait comme un honneur de les manœuvrer. Il a  conduit , vers 1930, la  141 LD, locomotive capable de fonctionner dans les deux sens. Elle emportait sur elle des réserves d’eau et de charbon qui lui évitait la présence d’un tender où étaient stockés l’eau et le charbon dans les anciennes machines et qui aurait constitué une gêne pour la conduite en marche arrière. C’est pourquoi elle était nommée Locomotive-tender.
Il faisait tandem avec un "chauffeur" de route (CFRU), toujours le même, appelée "compagnon". Ce dernier était chargé de mettre le charbon dans la chaudière. Le mécanicien et son compagnon ne savaient jamais à l’avance quand ils devaient partir. C’était le "piéton" qui venait délivrer la feuille de route à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Le plus souvent, c’était moi qui me levais pour laisser dormir ma mère épuisée par le bébé. Je prenais la fiche de commande où étaient notés le numéro du train, la destination, l’heure du départ et celle du retour et je réveillais mon père doucement. Il emportait un repas qu’avait préparé ma mère et le partageait avec son chauffeur. Entre les deux hommes régnait une très bonne entente. Le  métier difficile qu’ils exerçaient et qu’ils aimaient développait entre eux une solidarité profonde."

On a peine à imaginer que ces rotondes nettoyées, réhabilitées comme les friches industrielles le sont à l’heure actuelle, puissent nous apparaître belles un jour. Mais ce dénigrement du passé trop proche de nous a mené à bien des aberrations : à la destruction des halles par exemple et je ne parle pas seulement de celles de Paris mais des nôtres, à Avignon, qui étaient fort belles! Plus loin dans le temps, encore, à la démolition, au XIX° siècle, de la Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean, splendide bâtiment médiéval dont il ne reste plus qu’une seule tour - pour mieux nous le faire regretter - sur la place Pie. Quant à nos remparts, le joyau de notre ville, ils n’ont été épargnés que par l’intervention énergique de Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments Publics en Provence. Alors, prudence !
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