Le musée du Petit Palais à Avignon abrite la collection Campana riche de nombreux tableaux de Renaissance. Là, l’histoire de Thésée et du Minotaure est racontée par un peintre d’origine française, qui partit à Florence au début du XVI° siècle. Son nom est inconnu, c’est pourquoi on l’appelle du nom de la collection du palais :
Le Maître des Cassoni Campana.
Qu’est-ce qu’un cassone? C’est un riche coffre de mariage décoré par un peintre. Chacun des épisodes du mythe de Thésée est ainsi peint sur les quatre panneaux du coffre.
Le premier tableau décrit les amours monstreuses de Pasiphaé avec le taureau. Il s’agit d’une sorte de bande dessinée où se déroulent de gauche à droite mais aussi du premier plan au dernier, différentes scènes narrant l’histoire. Il faut donc lire notre BD à la fois linéairement mais aussi en profondeur.
Au premier plan, à gauche, Pasiphaé, du balcon de son palais, aperçoit le Taureau blanc; elle descend dans le parc, vêtue d’une riche robe rouge et verte, couverte d’une chasuble dorée virevoltant autour d’elle, vêtement contemporain de l’artiste. Les cheveux blonds retenus par un ruban de couleur bleu, les pieds chaussés de spartiates et s’appuyant légèrement sur un bâton, elle s’approche du taureau.
Derrière elle, désobéissant à Poséidon, Minos refusant de sacrifier le bel animal tue un taureau brun. Dans l’arrière plan ce dernier, consumé par les flammes, est sacrifié au Dieu sur un table d’offrande.
A droite, toujours au premier plan, Pasiphaé tend une touffe de fleurs au taureau. Un second plan, à l’arrière, peint Pasiphaé, égarée par la passion, demandant conseil à Poséidon armé d’un trident. Puis Pasiphaé, sur les conseils du Dieu qui retient l’animal, se glisse dans le corps d’une vache fabriquée par Dédale et séduit le taureau. De leur union naîtra le Minotaure, monstre à tête de taureau et au corps humain, qui se nourrit de chair humaine.
L’arrrière plan, au loin, tout en douceur et nuances subtiles, dessine une ville aux tours ajourées. Elle s’étage sur une colline. Dans le lointain apparaissent presque estompées des montagnes diaphanes. Leurs pieds sont baignés par la mer sur laquelle les contours à peine esquissés de petits voiliers voguent allègrement.
Le paysage à l’inverse des hommes aux passions violentes et dont se jouent les Dieux, est tout de sérénité. Il est très composite : cyprès entourant le palais rappelant l’Italie dans les peintures de la Renaissance, ville, au loin, de style nordique, aux glacis bleutés. Aucune note de réalisme dans le paysage. La Crète, si ce n’est par le récit, est absente ici.
Le deuxième panneau du Maître des Cassoni Campana raconte le combat de Minos contre Athènes. Le roi Minos pour venger son fils Androgée parti à Athènes et tué par Egée attaque les Athéniens et emporte la victoire. Il exige que le la Grèce livre un tribut de sept jeunes filles et de sept jeunes gens à la Crète pour être sacirifiés au Minotaure.
La lecture se fait de gauche à droite, de l’arrière plan au premier. A l’arrière on aperçoit les Crétois assiégeant Athènes ceinte de remparts crénelés et arborant des clochers et des tours, une Avignon située dans les brumes du Nord de la France. Au premier plan, sur une éminence qui domine la ville, Minos sur son cheval blanc lève son épée pour terrasser un adversaire. Au centre un groupe armé, à cheval, hérissé de lances et d’étendards, à droite de jeunes athéniens amenés prisonniers en Crète par des soldats. La troupe disparaît ensuite dans un défilé de montagne.