Le regard porté sur "l’indien" des Amériques intervient très tôt, en fait dès les premières années de la conquête espagnole (puis portugaise).
Les premiers écrits, surtout de nature historique et "anthropologique", étaient centrés autour du débat de la justification ou non de l’asservissement et l’évangélisation des indiens. Débat qui toucha d’ailleurs les érudits de la papauté et de la cour d’Espagne.
Pour cette première période je ne retiendrai que les premiers écrits portant un regard "positifs". En fait ce premier regard montre les indiens comme des personnes innocentes parfaitement adaptées à leur milieu naturel. A plusieurs reprises l’image du "paradis perdu" revient assez souvent chez les auteurs pour décrire ces sociétés qu’ils considèrent ouvertement primitives, parfois cruelles.
Au fond, l’indien est vu comme un enfant n’ayant pas un esprit rationnel comme les européens, ayant peu de soucis et de sens de la planification. C’est un peu un être en devenir qu’il faut prendre en charge et éduquer car un peu barbare. C’est le début de la "théorisation" du "bon sauvage", qui sera repris plus explicitement par les penseurs des lumières en France.
Parmi ces auteurs (chroniqueurs, soldats, prêtres) on retrouve le célèbre défenseur des indiens
Bartolomé de las Casas (1474 – 1566), le rescapé des cannibales
Hans Staden (1525-1579) ,
Pedro Cieza de Leon au Pérou (1520-1554) et
Sahagun (1500-1590) au Mexique.
Un tournant important s’opère avec les
"commentaires royaux" de
Garcilazo de la Vega (né en 1539). Métis, fils d’un espagnol et d’une princesse inca, son livre sur
l'Histoire de l’empire Inca met en avant explicitement pour la première fois à cette époque toutes les qualités politiques, administratives, artistiques de la culture andine. Bien que son regard reste assez désapprobateur sur beaucoup d’aspect, une reconnaissance du mérite de l’indien commence peu à peu à voir le jour.
Un cas vraiment à part est celui de
Huaman Poma de Ayala que j'évoquerai plus tard.