Ces mots sonnent bien, comme un appel, une ruée vers l'or vert d'Amazonie. Aux portes de la Paz, les
Yungas paraissent si proches... Ces vallées et gorges noyées dans la jungle et la brume dévalent vers le bassin amazonien depuis la célèbre
Cordillera Real, splendide massif montagneux visible depuis la Paz. Elles évoquent des images de chercheurs d'or, qui sévissent pour le meilleur et pour le pire (désastre environnemental avec la bénédiction des multinationales...). Images également de ces milliers de camions qui utilisent chaque jour cette voie devenue indispensable pour faire venir à la Paz les principales denrées d'Amazonie : bois tropicaux, sucres, agrumes, bananes, café...
Les Yungas, donc, route mythique andine où la destination importe peu, pourvu que le chemin en vaille la peine...
C'est en général là que le cauchemar commence !
La route est terrible. Après une petite montée à 4800 mètres, la retombée est vertigineuse. En 30 kilomètres, on passe à 1700 mètres. La route est si étroite que parfois un seul camion ne peut qu'à peine passer. Il y a théoriquement des horaires de montée et de descente... Précipices vertigineux à gauche, falaises à droite, une chute par semaine en moyenne, des croix tous les 150 mètres, des conducteurs de minibus dont le principal frein reste ces statuettes du Christ surmontées de cette devise : "
Dios guia mi camino" ("Dieu guide mon chemin") ! La route, en cours de travaux depuis des années, est partiellement en terre et traversée de nombreux ruisseaux. S'il pleut...
On finit par se demander quel était l'objectif de ce voyage, l'intérêt d'une telle aventure. Partout autour, les boliviens voyagent avec un but : les chauffeurs de camions risquent leurs vies pour nourir leurs familles, les paysans émigrent à la ville... et nous ? Juste... pour rien, pour l'inutile. L'amour du risque ? Même pas...
Destination
Coroïco, ville aux allures africaines mais comme une impasse. On est arrivé aux coeur des Yungas. Le retour est de toute façon obligatoire, car pour atteindre la véritable Amazonie par la route, il faudrait encore plusieurs jours de bus. Donc, dès l'arrivée, on ne pense plus qu'à la mort qui nous attend au retour. Une coupure de journal dans l'hôtel indique celle de quelques touristes, victimes des mois précédents. Charmant ! On avise... ce sera du stop sur un camion de 33 tonnes, couvert de planches de bois tropicaux. Au moins, la remontée sera lente. On est au-dessus, prêt à sauter au cas où. Sur certains virages si étroits, certaines roues sont à la limite du vide alors que le flanc opposé du camion racle la paroi rocheuse. Je préfère de toute façon subir la pluie, la chaleur puis le froid glacial des environs de la Paz plutôt que d'être enfermé dans un cercueil roulant...
L'objectif ? Ah oui, je m'en souviens maintenant... La beauté effroyable des paysages, tout simplement.