Huaman Poma (environ 1534-1616) est une figure assez peu connue du grand public de la littérature andine. Son regard sur les andins est d’autant plus intéressant qu’il s’agit du premier indien connu ayant écrit un livre , le
"Traité sur la bonne gouvernance" (1179 pages accompagnées de superbes illustrations de la main de l’auteur) à destination du Roi d’Espagne et qui décrit parmi d’autres choses le mode de vie des andins.
Eduqué et baptisé par son demi frère Martin de Ayala, il a pu apprendre à lire et écrire l'espagnol, ce qui était très rare pour l’époque. Une des merveilles de son manuscrit réside dans les tournures syntaxiques typiquement quechua qu’il applique à la langue espagnole.
Plus qu’un regard direct et volontaire sur les usages et traditions de ses contemporains andins, le but de Huaman Poma est essentiellement social. En s’adressant au Roi d’Espagne il souhaite dénoncer les abus commis par les autorités administratives et religieuses du régime colonial sur les peuple andin. Son manuscrit ne parvint évidemment pas au Roi.
Huaman Poma est en en quelque sorte un visionnaire car il proposait dans son traité un pacte social fondé sur le métissage et le respect des peuples. Son projet est celui qu’espagnols et andins (pour certains d’entre eux, alliés des espagnols dans les guerres contre les Incas) cohabitent dans une paix bâtie sur une égalité entre les races. Bien sûr, sa conception du métissage culturel n’a pas prévalue. En découvrant Huaman Poma, j’ai d’ailleurs été étonné de constater que sa figure et son message n'ont jamais été revendiqués explicitement par les mouvements andins d’émancipation, qui sans doute l’ont jugé trop modéré et trop complaisant envers les européens. Plus encore, Huaman Poma n’a pas eu d’héritier spirituel alors même que le métissage culturel et spirituel caractérise très fortement les sociétés andines.