Vous autres, jeunes ou moins jeunes mais toujours audacieux voyageurs de Voix-Nomades, au cours de vos aventures palpitantes, vous ne vous êtes jamais trouvés face à face avec des bêtes sauvages, vous n’avez jamais livré (corrigez-moi si je me trompe) un combat sans merci avec des fauves impitoyables.
Nous autres, parents, qui voyageons avec nos enfants, si !
Sur la Piazza San Marco, au pied de la cathédrale, à sa gauche, humbles dans l’immensité de la place, se dressent deux lions de porphyre rouge. Si vous n’avez pas de gamins dans vos bagages, je suis sûre que vous ne les aurez même pas remarqués. Pourtant, ils sont beaux avec leur peau douce et luisante veinée de noir.
D’ailleurs sont-ce réellement des lions, ces bestioles ? Peu importe car ils sont le siège d’âpres luttes pour la succession, d’implacables querelles politiques pour le pouvoir, afin d'obtenir ce privilège unique : monter sur le dos de ces fauves. Devant eux s’allonge une queue de bambins impatients qui vendraient père et mère, croyez-moi, pour s’y hisser et s’y maintenir un moment.
Mes filles y sont parvenues. Elles ont pour cela décoché quelques coups de pied en douce et en ont reçu tout autant. Mais elles ont chevauché ces coursiers indomptables et pourtant très... dociles.
Quant aux parents ? Résignés, ils attendent avec un stoïcisme jamais démenti le dénouement du drame shakespearien qui se joue chaque jour dans la Cité des Doges !