Pour me rendre à Ligue, un village situé au bord du lac Lougou, à 240 kilomètres au Nord-est de Lijang, chez les Mosos, je m’adresse à une agence privée et je loue un mini bus avec cinq autres touristes : un chinois, quatre français dont un martiniquais et un guadeloupéen.
Notre trajet dure une journée sur des routes cahoteuses et mal entretenues. Nous sommes même obligés de traverser un cours d’eau. Enfi, première vision d’un paysage à couper le souffle : le lac Lougou entouré par les hautes cimes de la montagne Gamou, la Déesse Mère...
Nous arrivons au village. Il nous faut trouver un abri. On nous indique les chambres d'hôtes dans des maisons où nous nous rendons. Les trois premières sont complètes. Nous ne trouverons des chambres qu’à la quatrième maison, un logement modeste au confort plutôt rudimentaire pour 1 euro la nuit. La douche et les toilettes sont dans la cour.
J'ai là une première surprise. Notre hôtesse, une femme d’environ 35 ans, au port altier, très sûre d’elle, s’adresse à nous et fixe le prix. Tout, dans son comportement, dans la fierté de son attitude, le ton de sa voix, indique une femme consciente de sa supériorité. Elle nous montre nos chambres distribuées autour d’une galerie en bois, nous fait visiter les lieux. Pendant ce temps, l’homme, les yeux baissés, balaie, met des draps propres à nos lits. Je me demande si c’est un employé de notre belle Moso. J’apprendrai plus tard que c’est son mari ou plutôt son partenaire, le mariage n’existant pas chez les Mosos.
Le lendemain, je vois la jeune femme, mère de quatre enfants, partir à la ville pour faire des courses, bien maquillée et joliment habillée. Pendant ce temps, l’homme passe une partie de sa journée à faire le ménage et surtout à laver les draps qu’il frotte, rince, essore à la main avant d’aller les étendre. Vers 16 heures, elle rentre, lui parle et sort un paquet de cigarettes. Il s’incline pour la remercier. Elle s’installe devant la télévision. Il sert le thé. Moi, qui me considère pourtant comme une femme libre, indépendante, je me sens un peu surprise et amusée par cette situation. Il me faut me raisonner et me dire : si c’était le contraire, si le mari était arrivé avec un bouquet de fleurs pour sa femme, si celle-ci lui avait servi le thé après avoir fait la lessive toute la journée, aurais-je eu ce sentiment ? Nous sommes tellement imprégnés de nos valeurs patriarcales que nous les laissons nous dicter nos réactions sans même nous en rendre compte.