On ne peut rencontrer vraiment quelqu’un que dans son propre paysage… Est-ce la raison pour laquelle je lis avec tant d’intérêt ce livre de Salomon Volkov, "Conversations avec Joseph Brodsky ?". Ce même Joseph Brodsky qui habitait un appartement à Saint Pétersbourg devant la porte duquel je passe, et même je l’avoue, où je m’arrête toujours un instant, marquant une pause silencieuse, quand je vais visiter cette vieille amie dont j’aimerais pouvoir vous parler.
Pour parler d’une artiste, qu’elle est, je pourrais tenter de dessiner un cadre qui permettrait d’esquisser son œuvre. Mais les grandes œuvres sont mues d’une existence presque indépendante de celle de leurs créateurs. Même quand, comme pour Amaya Vassilkoskaya, cette artiste fait œuvre de sa propre vie. Cette œuvre, et donc cette artiste, je pourrais certes essayer de l’approcher en parlant des "formes" de son œuvre. Parler de sa peinture, qui n’est qu’une de ces formes, et des plus de mille portraits recensés, disséminés dans de nombreux pays. Evoquer les films qu’elle a réalisés, totalement inconnus en France, mais devenus des classiques en Russie. Lire ses poèmes qui ne ressemblent pas tout à fait à ce que l’on a pris l’habitude de nommer poésie, puisqu’ils sont plutôt des témoignages d’amour...
Désormais, Amaya Vassilkoskaya ne sort pratiquement plus de chez elle, n’offrant plus aux regards étonnés des pétersbourgeois, que cette silhouette fragile d’une dame portant chapeau fleuri, bas blanc et écharpe face à la densité du vent. Femme à la démarche entre vol et danse, les poches pleines de sucreries destinées au premier passant venu, des poches inépuisables...
On ne peut rencontrer vraiment quelqu’un que dans son paysage, alors je bifurque dans la lecture d’autres poètes, Akmatova ou Tsvétaeva qui m’invitent à me poser la question de la voix de la vérité céleste opposée à celle de la vérité terrestre. Et celle du temps qui utilise différentes voix pour s’entretenir avec nous.