Le contrôle de sécurité de l’aéroport d’Orly laisse passer dans le bagage qui m’accompagne en cabine, le petit ciseau à bouts pointus contenu dans ma trousse de toilette et qui constitue pourtant, dans nombre d’aéroports du monde entier et ce depuis un trop fameux onze septembre, une arme qui ne devrait plus pénétrer dans un avion, tandis qu’un jeune homme à l’allure d’apparence trop arabe est sommé de repasser plusieurs fois le portique de sécurité qui clignote et sonne à chacun de ses passages successifs, pourtant de plus en plus dévêtus… J’aimerais connaître dans le détail le protocole de consignes de sécurité que sont censés appliqués les agents d’Aéroport de Paris.
A Toulouse-Blagnac, le chauffeur de taxi qui me prend en charge traduit instantanément la destination que je lui révèle (l’Hôtel de Région) par « le panier de crabes », puis me résume à grands traits l’état de l’opinion publique du moment. Affaire Clearstream, amnistie de Guy Drut, violences policières sur les jeunes lycéens défilant au printemps contre le CPE… une désillusion totale à propos du personnel politique. Mais qui pour nous représenter se demande-t-il en conclusion.
Déposé à l’Hôtel de Région où je dois donner l’après midi une conférence. Abasourdi par l’architecture monumentale de l’endroit qui me rappelle le palais de la culture d’inspiration soviétique où j’ai assisté, il y a quelques années, à une conférence internationale à Kiev. La séance doit se tenir dans la salle des assemblées qui me paraît soudain peu propice à faire résonner ce que je voudrais être un plaidoyer visant à mettre un peu d’ordre dans notre pensée, afin d’affronter ce qui risque d’apparaître de plus en plus comme le chaos du monde… Avant de commencer je songe que devant le marbre des tabernacles, les choses ne sont plus des choses, elles sont dites fétiches.
La conférence passée, je vais prendre un verre sur une terrasse de la place Saint Georges, en lisant Le Monde dont la lecture me confirmerait presque l’avis de mon chauffeur de taxi. Installé à l’ombre d’un platane, j’écoute ma voisine parler à un allemand de l’opportunité d’acheter à Marakech… Elle est caennaise, tout comme moi et je la connais, pour l’avoir côtoyer professionnellement autrefois. En nous reconnaissant, nous concluons sur le fait, qu’à l’évidence, le continent européen est décidément ridiculement petit… Courtois, je décide de ne pas lui faire remarquer que le Maroc n’est plus une colonie française depuis une sacrée lurette.
Retour de nuit, en train couchettes. Le matin à Austerlitz, les hommes partagent les mêmes traits tirés et le même parfum : celui laissé par les serviettes rafraîchissantes que la Compagnie des wagons lits offrent gracieusement à chaque voyageur.